Élections professionnelles 2026 : « Pourquoi vouloir compliquer ce qui est simple et facile à faire ? » s’insurge Fridolin Mve Messa
Président du Syndicat de l'Éducation Nationale (SENA) durant plusieurs années, Fridolin Mve Messa est une voix autorisée du syndicalisme au Gabon. Dans cette tribune, il dénonce le double jeu du gouvernement en prélude à l’organisation des élections professionnelles.
Les élections professionnelles qui vont être organisées visent entre autres objectifs à dégager la représentativité syndicale, c’est-à-dire à dire qu’elles vont permettre de mesurer le poids réel de chaque syndicat de base dans une entreprise ou dans une administration et sur le plan national, l’importance de chaque Confédération syndicale.
Pour dégager la représentativité syndicale, le BIT propose pour cela deux outils essentiels:
– l’enquête administrative: procédé qui consiste pour l’administration du travail de diligenter des missions de terrain auprès des organisations syndicales aux fins de recueillir des informations pertinentes telles que : la localisation physique et géographique, l’adresse, les documents juridiques, les membres, les ressources, etc.
– l’élection: elle permet de mettre en compétition toutes les organisations syndicales d’une même entreprise ou d’une même administration ou toutes les Confédérations syndicales sur le plan national.
Il est entendu que les élections peuvent se dérouler soit de manière indirecte autour des délégués du personnel ou de façon directe à travers le vote du salarié ou du fonctionnaire lui-même.
Pour les élections professionnelles 2026, les partenaires sociaux ont opté pour une représentativité syndicale basée sur des élections générales de tous les Travailleurs ( entreprises et fonction publique ).
Ce modèle a l’avantage de prendre en compte, le vote des travailleurs des entreprises et des administrations qui ne disposent pas de syndicat en leur sein. La zone économique de Nkok est la parfaite illustration. A l’issue des opérations de vote populaire qui vont avoir lieu, la représentativité syndicale au Gabon va se dégager à deux niveaux:
– à la base avec les syndicats d’entreprise ou d’administration dont les interlocuteurs seront les chefs d’entreprises et les ministres;
– au plan national avec les Confédérations syndicales dont l’interlocuteur sera le Chef du Gouvernement.
Pourquoi ça coince ?
Simplement parce que les règles qui vont régir ces élections professionnelles ne sont pas clairement établies jusqu’à ce jour et acceptées par les tous, commençant par les principaux concernés, dont les travailleurs. Le Gouvernement veut à tout prix organiser des élections Professionnelles sous le modèle de délégué du personnel, qui ne cadre pas avec le contexte gabonais. l’Etat étant le plus gros employeur.
Les responsables syndicaux lors des travaux préparatoires tripartites du mois de mars 2026 ayant opté pour des élections générales. Aujourd’hui, le ministère du travail s’aventure à vouloir imposer, aux syndicats ayant deja choisi leur mode, des élections générales pour le public et les délégués du personnel pour le privé.
Comment un même match devrait se jouer avec plusieurs règles différentes?
Mieux, l’accord pré électoral dont les parties s’étaient convenus de signer ne l’est pas encore. La Commission Nationale chargée d’organiser les élections professionnelles n’est pas mise en place, donc pas fonctionnelle. Tous les textes qui devraient encadrer le processus électoral ne sont pas tous pris.
Comment peut-on aller aux élections le 22 avril 2026 dans ces conditions ?
Finalement, on comprend aisément que derrière l’obstination, il ya la volonté de ne va voir ces élections professionnelles se dérouler le plus démocratiquement et dans la transparence pour les rendre crédibles. Pourtant, les choses énoncées clairement sont celles qui se réalisent facilement.
En pareille situation, l’écoute et la retenue sont les meilleurs alliés .
Fridolin MVE MESSA.



