Société

Clean Africa Gabon face à la République des ordures : quand l’incivisme sabote la ville

Libreville. Il faut cesser les euphémismes. Ce qui se joue dans le Grand Libreville n’est plus un simple problème d’insalubrité. C’est une faillite civique assumée, répétée, presque revendiquée. Et au milieu de ce désordre organisé, une structure tente, tant bien que mal, de maintenir la ligne : Clean Africa Gabon. Pendant que ses agents ratissent, collectent, évacuent, désinfectent, une partie de la population, elle, piétine sans complexe les règles les plus élémentaires de vie en société. Ici, on ne parle plus d’oubli ou de négligence. On parle de mépris.

Une ville prise en otage par ses propres habitants

Dans certains quartiers, les points de collecte sont devenus des dépotoirs à ciel ouvert. Tout y passe. Absolument tout. Déchets ménagers, matelas, meubles, carcasses d’électroménager, déchets médicaux, animaux morts. Oui, des animaux morts. Et le tout, déposé hors horaires, hors normes, hors de toute logique. Une anarchie quotidienne qui transforme les efforts de collecte en mission impossible. Un journaliste spécialisé dans la gestion des déchets tranche sans détour : « Aucun système au monde ne peut fonctionner contre une population qui refuse délibérément de respecter les règles. Ce que l’on observe ici dépasse l’incivisme, c’est une culture du désordre. » Agents de terrain : “On nettoie… ils salissent derrière nous”

Sur le terrain, les agents de Clean Africa Gabon ne masquent plus leur lassitude. « On passe à 8h, à midi c’est déjà pire. Ce n’est pas du travail, c’est du recommencement permanent », lâche un agent, visiblement épuisé. Un autre, plus direct encore : « Les gens savent. Ils ont vu les campagnes, les horaires sont connus. Mais ils s’en foutent. Il n’y a pas d’autre mot. » Un ancien agent, aujourd’hui retiré, confirme cette réalité brutale : « Ce métier use physiquement, mais surtout moralement. Parce que vous travaillez face à des comportements qui défient toute logique. »

Une direction engagée… face à un mur d’irresponsabilité

Pendant ce temps, la direction de Clean Africa Gabon continue d’investir, d’organiser, de structurer. Optimisation des circuits, renforcement des équipes, campagnes de sensibilisation, modernisation des équipements. Une stratégie claire. Des moyens mobilisés. Une volonté affichée. Mais un constat s’impose, on ne peut pas nettoyer une ville contre la volonté de ceux qui y vivent. « La hiérarchie fait sa part. Mais sans discipline citoyenne, c’est un combat déséquilibré », reconnaît un cadre.

Le vrai visage de l’incivisme dangereux, toxique, irresponsable. Brûlage sauvage de déchets, caniveaux transformés en poubelles, dépôts anarchiques à toute heure…Ces pratiques ne sont pas anodines. Elles sont dangereuses. Elles provoquent des maladies, des infestations d’insectes, des inondations à répétition et une pollution massive des sols et des eaux. Et pourtant, elles persistent. Non pas faute d’information. Mais faute de volonté.

Assez de complaisance

Il est temps de dire les choses clairement la saleté qui gangrène Libreville n’est pas seulement dans les rues. Elle est dans les comportements. Respecter un horaire. Utiliser un point de collecte correctement. Ne pas transformer l’espace public en décharge personnelle. Ce ne sont pas des contraintes insurmontables. Ce sont des bases. Et ceux qui refusent de les appliquer ne sont pas des victimes d’un système défaillant. Ils en sont les saboteurs.

Dans ce chaos entretenu, Clean Africa Gabon apparaît comme l’un des rares remparts encore debout. Ses agents, souvent invisibles, tiennent la ligne. Sa direction maintient le cap. Mais une vérité dérangeante s’impose aucune entreprise, aucun camion, aucune stratégie ne pourra compenser l’indiscipline collective. Libreville ne sera propre que le jour où ses habitants décideront, enfin, de ne plus vivre dans leurs propres déchets. D’ici là, le spectacle continuera. Et il n’a rien de glorieux.

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