Tentative de suicide à Libreville : les enfants « zombies » se donnent à la mort
À Libreville, la mort de Marc Steeven Mombo Kombila n’est pas une tragédie isolée. C’est le symptôme d’un système qui étouffe, aveugle et bureaucratise la jeunesse jusqu’au suicide. Dix jours après ce drame, l’émotion est palpable, mais la responsabilité ? Elle se cache derrière des communiqués et des “enquêtes complémentaires”.

Il aura fallu que des parents dénoncent la consommation de stupéfiants par leurs enfants pour que l’administration réagisse. Oui, vous avez bien lu : des parents, pas l’école. Les institutions éducatives, censées protéger et encadrer, se contentent de faire semblant. On ferme les yeux, on note, on déplace… et parfois, on envoie l’élève droit dans le piège de la procédure.
Le 9 mars, la routine scolaire devient scène de carnage. Transfert vers la police scolaire, accompagnement formel, bureaucratie impeccable… et personne pour regarder l’humain dans l’œil. L’adolescent, poussé par un système froid et déshumanisé, prend la fuite vers la passerelle… et tombe dans l’oubli institutionnel.
Justice gabonaise : spectacle de lenteur et de gesticulation
La justice, elle, débarque en héros tardif. Le 18 mars, une première enquête est présentée. Verdict ? Insuffisante. Les magistrats demandent un complément. Traduction simple : “On a foiré, mais vite, faites mieux.” Et pendant ce temps, le vide. Les réseaux de drogue continuent de proliférer dans les lycées, les officiels multiplient les communiqués pompeux et la douleur des familles reste ignorée.
Analyse psycho-juridique, on a ici un classique de gestion émotionnelle de la justice : elle s’émeut plus devant les caméras que devant les victimes. L’efficacité est proportionnelle à l’indignation médiatique. Sans cela ? Silence, bâtons et dossiers poussiéreux.
Le système, qui broie nos enfants. École et justice fonctionnent comme deux engrenages désynchronisés : l’école nie, puis discipline, puis se lave les mains, la police enquête à moitié et la justice reprend, rectifie… après le drame. Résultat : un adolescent mort, des réseaux intacts et des institutions hors sol. C’est ce que l’on appelle dans le jargon juridique et psy un échec systémique : quand la procédure devient plus importante que l’humain.
Les réseaux prospèrent, les enfants tombent
Pendant que l’on évalue la conformité des rapports, que l’on pointe des “lacunes” dans les enquêtes, les vrais responsables ceux qui alimentent et organisent le trafic de stupéfiants se frottent les mains. Les élèves, eux, servent de boucs émissaires. Dans ce pays, on sanctionne le maillon faible, on laisse prospérer le reste. Tragique mais efficace pour l’illusion de l’ordre.
L’affaire Marc Steeven Mombo Kombila est une leçon de cynisme institutionnel. Elle montre à quel point l’école peut être complice de l’indifférence, la justice peut être lente, bureaucratique et spectacle et la société, impuissante, regarde ses enfants tomber. Dans un style que n’aurait pas renié Topinfosgabon : “Au Gabon, nos institutions savent écrire des rapports… mais ne savent plus sauver des vies.”



