Sport

Sélectionneur ou coach : le double jeu qui coûte cher à l’ Afrique au Mondial 2026

(Par Étienne MAKOUNGOU, Penseur libre de Lowa)
Ils avaient des générations dorées, des bancs qui font pâlir d’envie bien des cadors européens, et une légitimité continentale fraîchement acquise.  Le Sénégal et la Côte d’Ivoire, en 2026, ne sont pas tombés face à des monstres sacrés. Ils se sont surtout heurtés à une vieille lune africaine, celle qui confond la bâtisse avec la bataille, le plan avec l’exécution, le sélectionneur avec le coach.
La différence ? Elle n’est pas sémantique. Elle est vitale. Le sélectionneur est un architecte : il dessine le groupe, pose les fondations, choisit les pierres, négocie avec les fournisseurs.Le coach, lui, est le général sur le champ de bataille : il lit le vent, déplace ses troupes à la seconde près, sacrifie un flanc pour en renforcer un autre. En Afrique, on a trop souvent marié les deux sous le même toit, et le toit s’effondre dès que le vent se lève.
La Côte d’Ivoire d’Emerse Faé en a fait l’amère expérience. Sélectionneur auréolé d’une CAN 2023, bâtisseur reconnu, il a offert face à la Norvège un schéma séduisant sur le papier, mais une raideur de marbre sur le terrain. On a vu un jeune Christ Inao Oulaï, talent brut, promis à un avenir radieux, flotter sans rôle précis, comme une feuille dans une tempête tactique.
 Un bon coach l’aurait calé dans un système, lui aurait donné des repères, des courses à faire, des espaces à verrouiller. Faé, trop sélectionneur, l’a laissé livré à lui-même, puis l’a changé sans logique, trop tard, trop peu.  Résultat : des occasions non converties, une domination stérile, et une sortie qui sent la gâcherie. La qualité des joueurs était là, mais pas la main du chef d’orchestre en direct.
Mais le Sénégal, lui, a offert le pire. Un cauchemar tactique en trois actes : mener 2-0 face à la Belgique jusqu’à la 86e, et sombrer dans la prolongation. Pape Thiaw, sélectionneur courageux, a commis l’irréparable en passant du statut de stratège à celui de pyromane.
 Le remplacement de Babi Jayi par Lamine Camara, qualifié de « suicidaire » par la presse locale, a été le signal d’un repli fébrile, d’une peur qui a gangrené le collectif.  Plutôt que de verrouiller le score, il a déstructuré son équipe, instillant une frilosité qui a transformé des lions en agneaux. On ne perd pas un match 2-0 à la 86e par malchance.
On le perd par une gestion humaine désastreuse, par une lecture erronée du moment, par l’incapacité à passer de la table de sélection au banc de touche en situation de crise. Ces deux éliminations ne sont pas des accidents. Elles sont les symptômes d’un mal profond : en Afrique, on récompense les sélectionneurs qui gagnent des CAN, sans exiger d’eux qu’ils sachent gérer les 20 dernières minutes d’un Mondial.
Or, la Coupe du Monde est une toute autre planète. Elle ne pardonne ni l’indécision, ni la rigidité, ni l’amateurisme tactique. Elle réclame des coachs de match, pas des directeurs sportifs. Si l’Afrique veut franchir un palier, il est temps de trancher : séparons les fonctions. Un homme pour penser le groupe, un autre pour le piloter dans le feu.
Parce qu’à ce rythme, la différence entre un sélectionneur talentueux et un coach efficace se résume à une Coupe du Monde gagnée… ou lamentablement perdue. Et en 2026, le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont payé le prix fort pour une confusion des genres que les grands du football ont, eux, éradiquée depuis longtemps.
Le double jeu, en football comme ailleurs, finit toujours par coûter cher.

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