Politique

Alain-Claude Bilie-By-Nzé : l’amnésie sélective d’un ancien censeur

Il fut un temps, pas si lointain, où le robinet numérique se fermait au Gabon d’un simple claquement de doigts ministériel.

À l’époque, l’homme qui tenait la clé du réseau s’appelait déjà Alain-Claude Bilie-By-Nzé. Ministre de la Communication en 2016, Premier ministre en 2023, il fut l’un des architectes les plus zélés de la grande tradition gabonaise : “quand ça chauffe politiquement, on débranche.”

Mais voilà qu’en 2026, le même homme se découvre une passion soudaine pour la liberté d’expression, la démocratie numérique et les droits fondamentaux. Comme une conversion tardive sur le chemin de Damas… version fibre optique.

Retour en arrière. 2016 : élection présidentielle sous haute tension. Internet est coupé. Les réseaux sociaux sont réduits au silence. Le pays bascule dans un black-out numérique soigneusement organisé. À la manœuvre ? Le ministre de la Communication de l’époque, Alain-Claude Bilie-By-Nzé, convaincu que moins d’informations, c’est moins de contestations.

2023 : nouvelle séquence. Cette fois, Bilie-By-Nzé est Premier ministre d’Ali Bongo Ondimba. Les communications numériques sont de nouveau suspendues dans un contexte explosif. Même recette, même justification sécuritaire, même mépris pour l’impact économique et social.

À ces deux moments clés, aucune tribune, aucune indignation publique, aucun communiqué lyrique sur les droits de l’homme. Le silence était total, parfaitement cohérent avec la coupure.

Et aujourd’hui ? Le voilà en chevalier blanc du numérique, dénonçant une mesure « liberticide », saisissant la justice, invoquant la Constitution et pleurant le sort des jeunes entrepreneurs du digital. L’ironie est si épaisse qu’elle en ralentirait la connexion.

Le nouveau porte-voix du peuple numérique

Alain-Claude Bilie-By-Nzé se pose désormais en porte-voix de la “pauvre population” vivant des réseaux sociaux. Il découvre subitement que : Les réseaux sociaux font vivre des milliers de jeunes et le commerce digital est vital. La liberté d’expression est un pilier démocratique. Des vérités qu’il ignorait superbement lorsqu’il tenait lui-même le bouton OFF.

Dans les rues de Libreville, l’opinion oscille entre amusement, colère et scepticisme. « Quand c’était lui, ce n’était pas une atteinte aux droits de l’homme. Maintenant que ce n’est plus lui, c’est devenu une dictature numérique », ironise un entrepreneur du e-commerce. « On dirait qu’il a découvert Internet après avoir quitté le pouvoir », raille un étudiant en communication digitale. « C’est facile de défendre les libertés quand on n’a plus la télécommande », tranche un activiste.

Le syndrome classique de l’opposant fraîchement recyclé

L’ancien chef du gouvernement semble souffrir d’un mal bien connu : le syndrome de la conversion démocratique post-pouvoir. Un classique de la vie politique africaine. Hier, on coupait pour “sauver la paix”. Aujourd’hui, on dénonce pour “sauver la démocratie”.

Hier, le peuple devait se taire. Aujourd’hui, il faut l’écouter. La cohérence, elle, a visiblement perdu le réseau.

Libertés numériques à géométrie variable

Le plus troublant dans cette affaire reste la sélectivité morale. Quand les coupures servaient un régime en place, elles étaient nécessaires, responsables et patriotiques. Quand elles gênent l’opposition, elles deviennent liberticides, illégales et économiquement criminelles. Ainsi va la démocratie version caméléon : elle change de couleur selon la position politique du moment.

Le peuple observe, le web se souvient

Problème pour Alain-Claude Bilie-By-Nzé : Internet n’oublie rien. Les archives, les captures d’écran, les décisions passées et les déclarations anciennes circulent encore, même quand la connexion est coupée. Et dans cette mémoire collective numérique, son nom reste associé à deux des plus grandes coupures internet de l’histoire politique récente du Gabon.

Difficile, dès lors, de convaincre qu’on est devenu, du jour au lendemain, le chantre absolu des libertés numériques.

Moralité politique

En politique gabonaise, on coupe d’abord, on dénonce ensuite. Et parfois, on dénonce exactement ce qu’on a soi-même pratiqué avec zèle. Alain-Claude Bilie-By-Nzé en offre aujourd’hui une démonstration presque pédagogique. À force de jouer avec le bouton OFF, il a fini par débrancher sa propre cohérence.

 

 

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