Seydou Kane dans la tourmente, les activistes exigent la tête de l’ex protégé de Maixent Accrombessi
Il est à la tête de plusieurs chantiers routiers stratégiques du Grand Libreville et de l’intérieur du pays depuis l’arrivée du CTRI au pouvoir. Une omniprésence qui dérange. Depuis quelques semaines, les activistes gabonais multiplient les sorties pour exiger l’éviction de Seydou Kane, PDG du Consortium International de Travaux Publics (CITP), qu’ils présentent comme un symbole de l’ancien système.
SK, comme l’appellent ses intimes, est-il compatible avec la dynamique de reconstruction et de rupture prônée par la Ve République ? Pour un collectif d’activistes, la réponse est non. Au cœur de la polémique, le parcours de l’entrepreneur. Seydou Kane, de nationalité malienne, est présenté par ses contempteurs comme un sulfureux homme d’affaires ayant bâti sa fortune au Gabon grâce à ses relations privilégiées avec l’ancien régime.
Les activistes rappellent que sous le premier mandat d’Ali Bongo Ondimba, Seydou Kane aurait été un proche du puissant Directeur de Cabinet présidentiel de l’époque, Maixent Accrombessi. C’est ce réseau qui, selon eux, lui aurait permis de s’imposer dans le BTP au Gabon.
Aujourd’hui, alors que beaucoup d’acteurs de l’ancien système sont poursuivis ou mis à l’écart, le fait de le voir se voir confier plusieurs marchés d’infrastructures routières intrigue. Les activistes dénoncent ce qu’ils perçoivent comme une justice à géométrie variable et à tête chercheuse. « Nous ne comprenons pas qu’une personne citée dans plusieurs affaires de malversations financières présumées soit associée à la reconstruction du pays », s’indigne un activiste.
Les affaires que ressortent les activistes
Pour étayer leurs accusations, les activistes ressortent des dossiers anciens, notamment ceux évoqués par le journaliste d’investigation Pierre Péan dans son ouvrage « Nouvelles Affaires Africaines, Mensonges et pillages au Gabon ».
Selon cet ouvrage cité par les activistes : « Des transferts de fonds suspects : Pendant le premier mandat d’Ali Bongo, Seydou Kane aurait été chargé par Maixent Accrombessi de transférer des fonds pour de gros investissements immobiliers et des placements dans des paradis offshore.
L’épisode du Bourget : « Le Malien, qui dispose de deux passeports diplomatiques et d’une carte de séjour en France, fait également l’objet d’une enquête de la part des autorités américaines sur les investissements effectués aux États-Unis. En janvier 2013, il a fait l’objet d’une brève interpellation alors qu’il était en transit au Bourget pour se rendre à Miami, il était porteur de 2,5 millions d’euros, plus d’un milliard 500 millions de FCFA », révélait Pierre Péan.
À ce jour, aucune condamnation définitive de la justice gabonaise n’a été rendue publique à l’encontre de Seydou Kane concernant ces faits présumés. L’intéressé a toujours nié toute malversation.
Le malaise : rupture ou continuité ?
L’affaire Seydou Kane dépasse le simple cas d’un entrepreneur. Elle pose une question politique centrale pour le régime de transition : Peut-on prôner la rupture tout en confiant les chantiers de la rupture aux bâtisseurs de l’ancien système ?
Pour le pouvoir, l’argument est celui de l’efficacité : le CITP a les engins, l’expertise et la capacité de livrer. Pour les activistes, l’argument est moral : la reconstruction ne peut pas se faire avec ceux qui auraient participé à la déconstruction.
En exigeant la tête de Seydou Kane, les activistes ne visent pas seulement un homme. Ils testent la cohérence du discours sur la fin de l’impunité. Le dossier est désormais sur la place publique.



