Politique

Comment l’or du sahel finance le terrorisme

L’or n’est plus seulement une richesse. Au Sahel, il est devenu une arme. Une analyse de Reuters, confirmée par une étude récente des Nations Unies, vient de mettre des chiffres froids sur un trafic que tout le monde soupçonnait, mais que personne n’avait quantifié à ce niveau.

En 2021, le Mali a officiellement signalé des exportations de près de 22 000 kg d’or artisanal vers les Émirats Arabes Unis (EAU). Problème : les EAU, eux, ont signalé des importations en provenance du Mali d’un peu moins de 174 300 kg la même année. L’écart  est abyssal : 152 000 kg de différence.

La conclusion des experts de l’ONU est sans appel : 87% de l’or malien, d’une valeur estimée à 6,3 milliards de dollars, passe en contrebande hors du pays. Ceci équivaut à environ un tiers du Produit National Brut du Mali. Un tiers du PIB d’un pays qui s’envole dans des valises. Pas dans des conteneurs, pas par le port. L’or passé en contrebande est souvent transporté dans les bagages à main, via des vols directs entre le Sahel et les EAU, ou en transitant par des pays voisins comme le Togo. Le circuit est artisanal dans la forme, industriel dans le volume. C’est une contrebande d’État sans État.

DE LA MINE À LA KALACH : LE CARBURANT DU TERRORISME

Mais où va cet argent ? C’est là que le trafic aurifère devient une affaire de sécurité internationale. Premier constat de Reuters : Les mines servent de refuge et de source de revenu pour les groupes terroristes. Une analyse cartographique de l’agence a déterminé qu’*un grand nombre d’attaques terroristes au Faso se produisent à une distance de moins de 25 km des zones de mines artisanales.

Ce n’est pas une coïncidence géographique. C’est une stratégie de contrôle territorial. Les mines d’or fournissent aussi aux groupes des explosifs – ceux-là mêmes utilisés pour le minage artisanal – qui peuvent être détournés et transformés en engins explosifs improvisés pour d’autres attaques. Les groupes terroristes considèrent que le contrôle des régions de mines d’or et des routes de transport est vital. Sans or, pas de moto, pas de munitions, pas de nouvelles recrues payées.

Le modèle est simple et implacable :

Les extrémistes qui saisissent les mines d’or, directement ou en extorquant de l’argent aux orpailleurs, passent en contrebande une grande partie de l’or hors du pays, le plus souvent vers les acheteurs des marchés de Dubaï (Émirats Arabes Unis). L’or devient cash à Dubaï. Le cash revient en armes, en motos, en recrues.

Les mines donnent trois choses aux terroristes : de nouvelles recrues parmi les orpailleurs désœuvrés, des explosifs prêts à l’emploi, et un revenu en dollars totalement non traçable. Comment 22 000 kg deviennent-ils 174 000 kg ? Par l’absence totale de traçabilité à la source et par l’opacité à l’arrivée.

Au Sahel, l’or artisanal est acheté sans licence, sans taxe, sans bordereau. Il sort par valise, par vol commercial, déclaré comme « échantillon » ou non déclaré. À Dubaï, première place mondiale de l’or artisanal, il est raffiné, refondu et perd son origine. Une fois refondu, il devient de l’or « émirati » et peut entrer sur le marché londonien ou suisse proprement.

Les 6,3 milliards perdus par le Mali, ce n’est pas seulement un tiers de son PIB qui s’évapore. C’est le budget de guerre de tous les groupes qui déstabilisent le Burkina et le Niger. C’est la preuve que tant que l’or n’est pas centralisé, tracé et contrôlé à la source, il ne finance pas le développement le jour, mais l’insécurité le lendemain.

La contrebande de l’or n’est pas un problème minier. C’est le cœur financier du terrorisme sahélien.

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