Politique

Oligui Nguema exige une justice plus proche des populations et intransigeante face aux pilleurs de l’Etat

Il y a des symboles qui valent plus que des discours. Tenir le Conseil supérieur de la magistrature à Port-Gentil en est un. Le mercredi 16 septembre 2026, ce n’est pas dans le marbre feutré de Libreville que le Président de la République, Chef de l’État, Président du Conseil supérieur de la magistrature, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, a réuni les hauts magistrats. C’est au Palais présidentiel de Port-Gentil, capitale économique, ville de pétrole, de mer et de contentieux.  Le communiqué de la Présidence a été plus précis : ce choix n’est pas fortuit. Il est politique. Et il dit tout.

La Ve République se construit aussi par la qualité de ses hautes cours. Et par l’endroit où elles décident de siéger.  À Port-Gentil, le Président a fixé le cap : une justice plus proche des Gabonais et plus sûre pour ceux qui investissent dans le pays. Tout est là. En une phrase.

Mais le geste ne suffit pas. Le Président a fixé l’exigence. À l’ouverture, il n’a pas parlé de réforme abstraite. Il a parlé de preuve. La justice doit prouver qu’elle sait garantir un accès effectif au droit, traiter vite, juger juste.  Le Président a donc demandé  à la justice de faire ses preuves devant les citoyens. » « La confiance ne se décrète pas, elle se gagne dossier après dossier. », rajoute-t-il.

Sécuriser l’économie pour protéger l’emploi

C’est le cœur du discours économique du CSM, et sans doute le plus attendu à Port-Gentil. Le Chef de l’État a demandé de moderniser les textes qui empoisonnent le climat des affaires : les dommages-intérêts excessifs qui ruinent une entreprise pour un retard, l’exécution provisoire qui permet d’exécuter avant même que l’appel ne soit jugé, les astreintes astronomiques, les saisies intempestives.

Tout investisseur qui a connu le Gabon connaît cette peur : celle du lendemain matin où vos comptes sont bloqués pour un litige commercial mineur. Oligui Nguema tranche : « Un investisseur qui redoute une saisie abusive n’investit pas. Le Président a décidé d’y mettre de l’ordre.

Et il lie immédiatement justice économique et justice sociale : sécuriser les opérateurs économiques, c’est protéger l’emploi des Gabonais. Ce n’est plus la justice contre l’économie. C’est la justice au service de l’emploi. C’est une révolution culturelle pour des juridictions commerciales souvent accusées d’imprévisibilité.

Chaque franc public doit pouvoir être justifié

Si Port-Gentil était le symbole, le renforcement de la Cour des comptes en est l’outil. Le CSM du 16 septembre opère une montée en puissance sans précédent du contrôle financier. La Cour des comptes reçoit un Premier Président, deux présidents de chambre, des conseillers maîtres, six conseillers référendaires, des auditeurs et quatre procureurs généraux adjoints.

Mais surtout, et c’est historique, sept chambres provinciales des comptes sont pourvues : Franceville, Ntoum, Mouila, Tchibanga, Koulamoutou, Oyem et Port-Gentil. Le message est limpide : le contrôle de la dépense publique ne sera plus une affaire librevilloise. Il ira dans les provinces, dans les mairies, dans les gouvernorats, dans les marchés publics de l’intérieur.

Ainsi, le contrôle de la dépense publique est renforcé à Libreville comme en province.  Chaque franc public doit pouvoir être justifié.  Au moment où l’État vient de faire l’audit de sa dette pour repasser sous les 70% du PIB, ce renforcement tombe à point. On ne peut pas demander de la rigueur budgétaire sans se donner les juges pour la vérifier.

Dans ce vaste mouvement, un autre signal est passé, discret mais ferme : la promotion des femmes. Plusieurs postes de premier plan reviennent à des magistrates : le Secrétariat permanent du Conseil supérieur de la magistrature lui-même, la présidence du Tribunal de commerce de Libreville – un poste stratégique pour les investisseurs –, une formation spécialisée du tribunal de Libreville, la présidence de la chambre provinciale des comptes de Port-Gentil, et des présidences de chambre à la Cour de cassation, au Conseil d’État et à la Cour des comptes.

Enfin, le dernier acte du CSM est géographique. Les mouvements décidés concernent les juridictions de Libreville, Ntoum, Lambaréné, Franceville, Koulamoutou, Mouila, Tchibanga, Port-Gentil, Oyem et Makokou, dans les trois ordres judiciaire, administratif et financier. L’exigence disciplinaire va de pair avec la reconnaissance du mérite. On sanctionne, on récompense, mais on couvre tout.

En une journée, à 400 kilomètres de Libreville, le Président a fait ce que beaucoup de réformes n’avaient pas fait en dix ans : il a montré que la justice pouvait se déplacer, se féminiser, se territorialiser et se durcie sur la gestion de  l’argent public en même temps.

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