Limogé de la DGBFIP, évincé de la trésorerie du parti au pouvoir, expédié en Inde : Aurélien Marcel Mintsa Mi Nguema, chronique d’une longue descente aux enfers
Par Orca Boudiandza Mouele
« Le pouvoir rend fou, et que le pouvoir absolu rend absolument fou ». Cette citation de John Emerich Dalberg, historien et homme politique britannique, résume assez bien la tragique trajectoire d’Aurélien Marcel Mintsa Mi Nguema. Le cadet de la fratrie des Nguema, dont le Chef de l’Etat, le Général de Brigade Brice Clotaire Oligui Nguema, est l’un des aînés, avait tout pour réussir. Nommé par son grand-frère (de même père) au poste de Directeur général du budget et des finances publiques (DGBFIP) en remplacement de Fabrice Andjoua (fils de l’ex-présidente de la Cour constitutionnelle), ce brillant expert financier atterrit à un poste très convoité dans la République quelques mois après le coup d’état militaire.
Jusqu’à sa nomination, magistrat financier à la Cour des comptes, Aurélien Marcel Mintsa Mi Nguema vient découvrir à la tête de la DGBFIP, le lucre, l’argent, les honneurs, les convoitises, le pouvoir… à telle enseigne qu’il en devient, très vite, ivre. Le petit-frère du Président de la Transition se croit désormais tout permis au point de marcher désormais sur les plates-bandes de son ministre de tutelle, Charles Mba, et même des autres membres du gouvernement.
En janvier 2024, il n’hésite pas à sortir du confort de ses bureaux au centre-ville de Libreville pour organiser avec certaines personnalités politiques natives de la province du Woleu-Ntem une vaste tournée d’inspection des travaux des chantiers lancés, quelques semaines plutôt, par le Président de la Transition. Le tollé que cette sortie soulève dans l’opinion ne fait pas reculer le DGBFIP qui est convaincu d’être dans son rôle. « Celui de s’assurer de la bonne exécution des travaux que la DGBFIP finance ». Si l’argument est recevable, « le petit-frère du Président de la Transition » n’a pas conscience que son agitation agace au plus haut point les membres du gouvernement, et même le Premier ministre de l’époque qui ne cesse de rappeler à chacun « de demeurer à leur place ».
Enivré par le pouvoir et le silence d’un grand-frère qui laisse faire, Aurélien Marcel Mintsa Mi Nguema se croit tout permis. Il finance les associations à caractère politique pour la gloire de son grand-frère, procède au débauchage des activistes et participe en grande pompe au lancement de la Plateforme pour la reconstruction nationale (PRN). Une fois de plus, Aurélien Marcel Mintsa Mi Nguema est accusé de sortir de son rôle. Sauf que le cadet de la fratrie des Nguema n’écoute plus personne même les conseils des membres de la famille qui l’invitent à plus de pondération. Il est plutôt convaincu que certains membres du gouvernement, dont son ministre de tutelle à cette période, Charles Mba et le Premier ministre, Raymond Ndong Sima, veulent sa tête au point de comploter contre sa personne.
Quelques mois après, les relations entre son ministre et lui sont si exécrables que le DGBFIP fait organiser la cérémonie de lancement des conférences budgétaires sans l’approbation de son patron. Le ministre du Budget n’est d’ailleurs pas présent à la cérémonie d’ouverture. Aurélien Marcel Mintsa Mi Nguema n’en a cure. Il s’est mis dans la tête qu’il est le prochain ministre du Budget. Mal lui en a pris. Les dérives de son petit-frère ont fini par convaincre le Chef de l’Etat de la nécessité de l’évincer de ce poste.
Mais cette première déconvenue ne le convainc pas à la pondération. Bien au contraire, fort de sa proximité avec le chef de l’État, Aurélien se met en tête de construire un appareil politique au service de son frère. Il lance quelques mois avant l’élection présidentielle de 2023, un mouvement politique dénommé Ossimane. A ses début, le mouvement a pour objectif de réfléchir sur des projets socio-économiques, de proposer la création d’unités industrielles et d’ encadrer le développement local…il devient très vite une nébuleuse d’influence politique. Plusieurs de ses membres sont nommés dans l’administration publique. Au point d’en devenir une menace même pour le chef de l’Etat. Qui est réellement aux commandes du pays ? La question se pose désormais dans les coulisses du pouvoir.
Dans un premier temps, Aurélien Marcel Mintsa Mi Nguema est suspendu à la tête de la DGBFIP avant d’être, définitivement, viré à l’issue d’un Conseil des ministres pour être remplacé par celui qui était, jusqu’ici, son adjoint. Sa descente aux enfers ne s’arrête pas là. Après l’élection présidentielle, alors que ses soutiens le voyaient intégrer le gouvernement, il est expédié comme ambassadeur en Inde. Au sein de l’Union démocratique des bâtisseurs il est aussi évincé du poste de Trésorier général. Il est remplacé par Luc Aimard Madama Bouyela jusqu’ici son adjoint. Il n’y a plus de doutes, le petit frère du président est tombé en disgrâce.



