REAGIR : autopsie ratée d’un parti que certains voudraient déjà enterrer

Au Gabon, il existe une spécialité nationale : annoncer la mort des partis politiques… avant même qu’ils aient cessé de respirer. Dernière victime en date de cette nécrologie prématurée : REAGIR. Donné pour cliniquement instable, politiquement schizophrène, structurellement fissuré bref, prêt pour la mise en bière. Problème : le cadavre refuse toujours de se laisser enterrer.
Une guerre interne ? Non. Une lutte de survie à ciel ouvert
D’un côté, François Ndong Obiang, installé dans les rouages institutionnels, pilotant une aile qui assume ou subit sa proximité avec le pouvoir. De l’autre, Michel Ongoundou Loundah, en gardien d’un temple oppositionnel dont les murs commencent eux-mêmes à se fissurer.
Entre les deux camps, ce n’est pas une divergence. C’est une collision. Une confrontation brutale entre deux visions irréconciliables : participer pour influencer, ou s’opposer pour exister. Et comme souvent en politique, chacun accuse l’autre d’avoir trahi l’esprit, la ligne, ou simplement l’opportunité.
Le Congrès du 28 mars : opération commando ou séance de sauvetage ?
Officiellement, le Congrès extraordinaire annoncé par Bruno Ondo Mintsa doit « apporter des réponses claires ». Traduction sans anesthésie : reprendre le contrôle, imposer une ligne, et surtout écraser l’ambiguïté avant qu’elle ne détruise tout.
Un cadre du parti, visiblement fatigué des contorsions diplomatiques, lâche : « À un moment donné, il faut arrêter de faire semblant. Un parti ne peut pas être à la fois dedans et dehors. Ce congrès va trancher. » Autrement dit : ce ne sera pas un débat, ce sera un rapport de force.
Le vrai malaise : un parti pris entre opportunisme et cohérence
Le fond du problème est brutal, presque embarrassant : REAGIR ne sait plus exactement ce qu’il est devenu. Né contre le système de Ali Bongo Ondimba, le voilà aujourd’hui tiraillé entre une tentation de normalisation institutionnelle et un réflexe d’opposition qui refuse de mourir.
Résultat : un discours qui change selon l’interlocuteur, une base militante désorientée et une direction fragmentée qui tente de garder la face pendant que les lignes bougent sous ses pieds.
Un analyste politique résume, sans détour: « REAGIR n’est pas en crise parce qu’il se divise. Il est en crise parce qu’il n’a pas encore choisi ce qu’il veut être. »
Et pourtant… le parti tient encore debout
Et c’est là que le paradoxe devient presque insolent. Malgré les coups bas, les déclarations venimeuses et les procès en illégitimité, REAGIR tient. Pas par miracle. Par nécessité.
Car contrairement aux formations politiques vidées de toute substance, REAGIR reste traversé par des tensions réelles donc par des enjeux réels. Ce qui, dans un paysage politique souvent anesthésié, relève presque de l’anomalie. Un cadre historique du parti le reconnaît, à demi-mot : « Oui, ça secoue. Oui, ça cogne. Mais au moins, on se bat pour quelque chose. »
Le 28 mars : clarification ou implosion contrôlée ?
Le Congrès extraordinaire s’annonce donc comme un moment de vérité brutal soit REAGIR réussit à se repositionner clairement, au prix d’une ligne assumée, soit il s’enfonce dans une guerre interne qui finira par le disloquer.
Mais une chose est déjà certaine : ce congrès ne sera ni consensuel, ni apaisé, ni décoratif. Ce sera un test de survie politique.
REAGIR, ou l’art de survivre dans le chaos
On peut moquer, critiquer, caricaturer et Dieu sait que le parti offre de la matière. Mais il faut reconnaître une chose que ses détracteurs évitent soigneusement d’admettre. REAGIR est toujours là. Debout. Cabossé, fracturé, sous pression… mais debout. Et dans une scène politique où beaucoup de partis ne sont plus que des sigles sans âme, cela dérange.
Parce qu’au fond, le vrai scandale n’est pas que REAGIR se déchire.
Le vrai scandale, c’est qu’il refuse encore de disparaître.



