Politique

Comment Ali Bongo tente de reprendre la main sur le PDG depuis Paris

On l’imaginait en retrait, entre Paris et Londres, à l’abri des turbulences gabonaises. Depuis son AVC d’octobre 2018 qui a affecté sa mobilité et sa parole, Ali Bongo Ondimba semblait promis à une retraite discrète. C’était sans compter l’attraction du pouvoir.

D’après un article de Jeune Afrique, depuis son exil parisien, l’ancien chef d’État multiplie les contacts avec ses anciens fidèles. Fin février 2025, il a confié à Ali Akbar Onanga Y’Obegue, juriste et ex-secrétaire général du gouvernement, la mission de récupérer le PDG, le parti fondé par son père en 1968.

Un bras de fer judiciaire lancé

La stratégie est claire : passer par la justice. Une mise en demeure a été adressée le 27 février à Blaise Louembe et Angélique Ngoma, qui dirigent actuellement le parti. Restée sans réponse au 14 mars, elle ouvre la voie à une action en justice.

« Nous préparons une phase contentieuse. Leur retrait est un préalable pour que le parti puisse se réorganiser », explique Onanga. Pour lui, la “déchéance” d’Ali Bongo proclamée en 2024 n’a aucune base statutaire. Le mot n’existe pas dans les textes du PDG. Selon lui, l’ancien président n’a jamais démissionné et reste donc juridiquement à la tête du parti.

 Une rupture consommée après le coup d’État

Tout a basculé le 7 mars 2024, six mois après le renversement d’Ali Bongo. Une délégation du PDG s’était rendue chez lui, alors en résidence surveillée, pour évoquer la réorganisation du parti. Sur place, il annonce vouloir désigner un vice-président exécutif et un secrétaire exécutif, en restant président.

Mais selon un participant, le groupe est sorti de la réunion pour rendre compte au président Oligui Nguema. Ce dernier aurait imposé une autre direction, installant un directoire mené par Blaise Louembe et Angélique Ngoma. Ali Bongo, lui, a été déclaré déchu.

 Le spectre d’un accord avec le pouvoir s’éloigne

Une médiation tentée en juillet 2025 par Denis Sassou Nguesso n’a pas abouti. Le président congolais proposait un PDG autonome, libre de s’allier ou non au pouvoir d’Oligui Nguema. L’offre a été refusée. « Le président a préféré instrumentaliser quelques cadres du parti », regrette Onanga. Pour lui, le PDG ne peut pas être l’allié de ceux qui l’ont renversé par coup d’État. Il se positionne donc naturellement dans l’opposition.

Un rôle de passeur pour l’avenir

Ali Bongo l’a dit en septembre 2024 : il ne briguera plus de mandat. Plus de candidature à la présidentielle ou à la députation. L’objectif affiché est désormais de transmettre son expérience à une nouvelle génération via le parti.

Reste la question des élus et des ministres encore encartés au PDG. La nouvelle loi électorale leur permet de rester au parti ou de siéger comme non-inscrits. « Une clarification devra être faite à travers un accord politique si les deux parties y parviennent », anticipe un politologue.

Pour Ali Akbar Onanga, l’enjeu dépasse le PDG : « C’est l’État de droit qui est mis au défi. Si on accepte qu’un groupe remette en cause les règles d’une formation politique parce qu’il a le rapport de force, cela crée le désordre dans toutes les organisations. »

 

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