Politique

La morale tardive de Sylvia Bongo : chronique d’une indignation à géométrie variable

Dans le grand théâtre politique africain, certaines indignations ressemblent davantage à des opérations de communication qu’à de véritables réveils de conscience. La récente sortie médiatique de l’ancienne Première Dame du Gabon, Sylvia Bongo Ondimba, sur la chaîne internationale France 24, en est l’illustration la plus frappante.

Face aux caméras, l’ex-dame de fer du palais du bord de mer décrit un pays plongé dans l’horreur : torture, séquestration, privation de liberté. Un tableau sombre, presque apocalyptique, censé convaincre l’opinion internationale que le Gabon serait devenu un territoire d’abus systématiques depuis la chute du régime de son époux, Ali Bongo Ondimba. Mais une question brutale s’impose : qui dirigeait réellement ce pays pendant quatorze ans ?

Le silence assourdissant d’hier

Pendant tout le règne d’Ali Bongo Ondimba, le pouvoir gabonais fonctionnait comme une machine parfaitement huilée. Et dans cette machine, Sylvia Bongo Ondimba n’était pas une simple spectatrice décorative. Elle était l’une des figures les plus influentes du système, au point que nombre d’observateurs parlaient ouvertement d’une co-gestion du pouvoir.

Or durant ces longues années, aucune campagne internationale, aucune tribune dans les médias étrangers, aucune alerte publique n’est venue dénoncer les pratiques aujourd’hui brandies comme des crimes. Pourtant, les accusations de torture et de brutalité politique ne datent pas d’hier. Des opposants avaient déjà tiré la sonnette d’alarme bien avant la transition.

L’ancien député Bertrand Zibi Abeghe en est l’exemple le plus emblématique. Après la crise politique liée à l’élection de 2016 opposant Ali Bongo Ondimba à Jean Ping, il avait dénoncé les sévices qu’il affirmait avoir subis en détention. À l’époque, le pouvoir restait muet. Aujourd’hui, ironie de l’histoire, ces mêmes accusations refont surface… mais cette fois dans la bouche de ceux qui occupaient les salons dorés du régime.

Le recyclage de la victimisation

La présence médiatique de Bertrand Zibi Abeghe dans le débat international vient confirmer une réalité que beaucoup au Gabon connaissent déjà : les abus politiques ont existé et ont marqué la vie nationale. Mais la récupération de cette réalité par l’ancienne élite du pouvoir soulève une question autrement plus troublante : pourquoi cette indignation surgit-elle précisément maintenant ? La réponse semble évidente pour nombre d’observateurs : la guerre de l’image internationale.

En multipliant les témoignages dramatiques sur des chaînes à forte audience comme France 24, l’objectif est clair : installer dans l’opinion mondiale l’idée d’un Gabon sombrant dans l’arbitraire. Autrement dit, déplacer le combat politique du terrain national vers la scène médiatique internationale.

Noircir le pays pour régler ses comptes

Dans cette bataille narrative, le Gabon devient un simple champ de bataille symbolique. Le pays est décrit comme un État brutal, une terre de geôles secrètes et de tortures systématiques. Une image qui, qu’elle soit exagérée ou instrumentalisée, abîme profondément la réputation d’un pays déjà fragile sur la scène diplomatique.

Pendant ce temps, la transition dirigée par le Président Brice Clotaire Oligui Nguema tente de redéfinir les contours d’un nouvel ordre politique après la chute du système Bongo. Mais la guerre des récits ne lui laisse aucun répit.

L’hypocrisie politique à nu

Au fond, ce débat révèle une vérité crue de la politique : les victimes d’hier deviennent parfois les accusateurs d’aujourd’hui, et les accusateurs d’hier découvrent soudainement la vertu lorsqu’ils perdent le pouvoir. Le problème n’est pas de parler des violations des droits humains cela est indispensable dans toute démocratie. Le problème est l’hypocrisie politique qui consiste à découvrir la barbarie seulement lorsqu’on ne contrôle plus l’appareil d’État.

Car si torture il y a eu au Gabon, la question qui restera dans l’histoire est implacable : Pourquoi ceux qui crient aujourd’hui au scandale sont restés silencieux lorsqu’ils détenaient eux-mêmes les clés du pouvoir ? Dans cette affaire, une chose est certaine : la vérité sur les pratiques du passé ne sortira pas seulement des interviews télévisées ou des plateaux internationaux. Elle sortira un jour des archives du pouvoir gabonais lui-même. Et ce jour-là, beaucoup de consciences tardives risquent de se retrouver face à leur propre silence.

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