Politique

12 mars au PDG : deux camps s’accusent, s’empoignent dans une querelle d’héritiers

Il fut un temps où le Parti démocratique gabonais faisait trembler tout le paysage politique gabonais. Un parti tentaculaire, omnipotent, capable de décider de tout, partout, et pour longtemps. Aujourd’hui, il ne fait plus trembler grand monde. Il se déchire.

Au sommet de cette débâcle, trône toujours le fameux « Distingué Camarade », Ali Bongo Ondimba, chef nominal d’un parti qui ressemble de plus en plus à un champ de ruines politiques depuis le Coup d’État du 30 août 2023 au Gabon. Le PDG, autrefois présenté comme un parti de masse, est désormais un parti fracturé, secoué par une guerre de clans qui tourne à la foire d’empoigne.

Une guerre d’ego qui tourne au ridicule

À défaut de projet politique, les barons du PDG ont trouvé une nouvelle occupation : se battre pour les restes du pouvoir. Deux camps s’observent, s’accusent et s’empoignent dans une lutte qui ressemble davantage à une querelle d’héritiers qu’à un débat politique sérieux : le camp de Blaise Louembe, installé à la tête d’un directoire contesté ; celui de Ali Akhbar Onanga Y’Obegue, gardien autoproclamé de l’orthodoxie PDGiste.

Chacun prétend défendre la légitimité du parti. Mais sur le terrain, les militants assistent surtout à une guerre d’ego spectaculaire, où les ambitions personnelles ont définitivement remplacé la discipline de parti. Dans les fédérations, l’ambiance est devenue glaciale : réunions désertées, cadres absents, militants désabusés. Le PDG n’est plus une armée politique. C’est un champ de bataille.

Ali Bongo : le chef qui a laissé brûler la maison

Le discours du 12 mars 2026 devait remettre de l’ordre dans la maison PDG. Mais pour beaucoup d’observateurs, l’intervention d’Ali Bongo Ondimba ressemble davantage à un réveil tardif au milieu d’un incendie déjà ravageur. Car la vérité est brutale : pendant des mois, l’ancien président a laissé le parti sombrer dans la confusion.

Pendant que les clans se formaient, pendant que les rivalités explosaient, pendant que les structures se désagrégeaient, le chef du parti brillait par son silence. Aujourd’hui, il revient pour distribuer les avertissements, promettre des procès et rappeler sa légitimité statutaire. Mais une question s’impose : où était-il lorsque le PDG se déchirait déjà de l’intérieur ?

L’héritage d’un système qui s’effondre

Il faut dire les choses sans détour : la crise actuelle du PDG n’est pas un accident. C’est la conséquence logique d’un système politique construit pendant des décennies autour du pouvoir absolu. Sous Omar Bongo Ondimba, le PDG fonctionnait comme une machine de contrôle politique. Sous Ali Bongo, cette machine s’est transformée en réseau d’alliances fragiles, d’ambitions concurrentes et de fidélités intéressées.

Lorsque le sommet du pouvoir s’est effondré le 30 août 2023, tout le reste a suivi. Les alliances se sont brisées. Les fidélités se sont évaporées. Les ambitions se sont déchaînées. Résultat : le parti qui gouvernait tout est devenu un parti qui ne contrôle même plus ses propres cadres.

Le parti de masse devenu parti fantôme

Le contraste est brutal. Hier encore, le PDG dominait : l’Assemblée nationale les collectivités locales, une large partie de l’administration. Aujourd’hui, la formation historique du pouvoir gabonais n’est plus majoritaire nulle part. Dans les coulisses politiques de Libreville, certains cadres du parti eux-mêmes reconnaissent une réalité que personne n’osait formuler il y a quelques années : le PDG n’a peut-être plus les ressources politiques, financières et militantes pour redevenir ce qu’il était. Les militants désertent.

Les cadres se repositionnent ailleurs.

Les alliances fondent comme neige au soleil. Bref, le parti de masse est devenu l’ombre de lui-même. Une bataille pour un héritage déjà vidé de sa substance. Pendant que Blaise Louembe et Ali Akhbar Onanga Y’Obegue s’affrontent pour le contrôle de l’appareil, une question hante désormais les observateurs politiques : mais que reste-t-il réellement à contrôler ?

Un parti affaibli

Un appareil politique vidé de son pouvoir. En réalité, la bataille interne du PDG ressemble de plus en plus à une lutte pour l’héritage d’un empire déjà effondré. Et pendant que ses anciens dignitaires se disputent les ruines, le Gabon politique avance, lui, dans une nouvelle ère. Une ère où le PDG pourrait bien découvrir, trop tard, qu’il est passé du statut de parti dominant à celui de simple souvenir politique. Un souvenir bruyant, querelleur… mais désormais impuissant.

 

 

 

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