Politique

Suspension des réseaux sociaux : le PDG parle de « dérive autoritaire »

Il faut parfois un culot hors norme pour pleurer publiquement sur les libertés qu’on a méthodiquement enterrées pendant plus d’un demi-siècle. Le Parti démocratique gabonais (PDG) vient d’en offrir une démonstration magistrale. Dans un communiqué théâtral, le parti dit s’indigner de la suspension des réseaux sociaux, dénonçant une atteinte grave à la liberté d’expression. Un retournement de veste si spectaculaire qu’il en ferait pâlir les plus grands acrobates du cirque politique.

 

Car enfin, qui parle ? Le parti qui a bâti un système où se taire était un devoir civique, où parler devenait une faute, et où penser autrement relevait presque de la subversion. Le PDG découvre aujourd’hui la violence du bâillon, après avoir passé des décennies à le serrer autour du cou de toute une nation.

 

L’amnésie politique comme ligne de défense

 

Durant ses 56 années de règne sans partage, le PDG a fait du verrouillage médiatique un pilier stratégique du pouvoir. Journaux fermés, radios suspendues, journalistes brutalisés, opposants traînés devant les tribunaux, éditorialistes intimidés, médias économiquement étranglés : la liste est longue, documentée, accablante.

 

À l’époque, la liberté d’expression n’était qu’une décoration constitutionnelle, bonne pour les discours officiels et les sommets internationaux. Dans la pratique, le silence était la seule langue autorisée. Aujourd’hui, ce même parti, frappé à son tour par la censure numérique, se découvre une vocation de défenseur des droits humains. Un spectacle d’une indécence politique rare.

 

Quand les fossoyeurs pleurent sur la tombe de la démocratie

Le plus obscène dans cette posture reste la tonalité morale. Le PDG parle de « dérive autoritaire ». Comme si cette dérive n’était pas son héritage direct, son legs politique, son œuvre la plus aboutie.Ce sont les mêmes méthodes. Seuls les acteurs ont changé. La répression d’hier se recycle dans l’habillage juridique d’aujourd’hui.

En réalité, le PDG ne défend pas la liberté d’expression. Il défend son propre accès à la parole. Nuance capitale. La liberté, lorsqu’elle bénéficiait au peuple, ne méritait aucune mobilisation. Lorsqu’elle sert désormais l’opposition, elle devient soudain sacrée.

 

Une indignation opportuniste, une morale à géométrie variable

Le PDG dénonce la sanction collective. Mais c’est précisément cette sanction collective qui lui a permis de gouverner si longtemps. Punir un média pour une plume, fermer une radio pour un chroniqueur, asphyxier un journal pour un éditorial : c’était la routine politique.

 

Aujourd’hui, le parti crie au scandale parce que le même poison qu’il a distillé coule désormais dans ses propres veines. La démocratie version PDG a toujours été simple : On coupe la parole aux autres. On réclame la parole pour soi.

 

Un pays bâillonné, une jeunesse sacrifiée, un peuple pris en otage

Pendant que les états-majors politiques jouent à la vierge effarouchée, la jeunesse gabonaise est mise sous cloche numérique. Des milliers de petits entrepreneurs, de commerçants en ligne, de créateurs de contenus, de vendeuses virtuelles voient leur unique source de revenus brutalement interrompue.

Cette décision n’est pas seulement liberticide. Elle est socialement criminelle.

Couper les réseaux sociaux dans un pays où le chômage des jeunes flirte avec l’indécence, c’est jeter une génération entière dans l’errance économique.

 

Quand l’hypocrisie devient doctrine politique

 

Que le PDG condamne la suspension des réseaux sociaux, soit. Mais qu’il prétende incarner la défense des libertés relève d’une farce politique sinistre. Car le peuple gabonais n’a pas la mémoire courte. Il se souvient : des rédactions muselées, des journalistes menacés, des débats confisqués, des consciences terrorisées.

Le PDG ne s’est pas réveillé démocrate. Il s’est réveillé opposant. Et dans ce pays, trop souvent, l’opposition n’est qu’un ex-pouvoir frustré de ne plus contrôler le silence.

 

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