Politique

Eddy Narcisse Minang arrêté : Gabon, l’usine à fabrication des fantasmes

Au Gabon, il suffit désormais d’un téléphone chargé, d’un compte Facebook anonyme et d’un cerveau légèrement sous-alimenté en esprit critique pour devenir “expert judiciaire international”. La dernière production de cette usine numérique à fantasmes concernait encore une fois Eddy Narcisse Minang, présenté mardi comme un dangereux escroc de 4 milliards de FCFA, arrêté en secret, auditionné dans l’ombre, puis mystérieusement relâché grâce à une prétendue intervention providentielle. Le scénario était tellement grotesque qu’il aurait probablement été refusé même dans une mauvaise série nigériane de troisième zone.

Mais au royaume de la manipulation numérique gabonaise, plus le mensonge est énorme, plus il trouve des consommateurs volontaires. Et ils sont nombreux. Très nombreux.

Pendant que les “universitaires de WhatsApp” fabriquaient des théories dignes d’un bar enfumé à 2 heures du matin, le supposé fugitif, lui, travaillait tranquillement dans son bureau au Palais de justice de Libreville. Une réalité malheureusement insupportable pour ceux qui rêvaient déjà de voir le procureur embarqué comme un vulgaire bandit dans une vidéo TikTok dramatique accompagnée de musique funéraire.

La vérité est parfois d’une cruauté terrible pour les marchands de haine : Eddy Narcisse Minang n’a jamais été arrêté. Personne ne l’a interpellé. Aucun service spécial ne l’a entendu. Aucun procès-verbal. Aucun mandat. Aucun dossier. Rien. Le vide absolu. Le néant judiciaire emballé dans du sensationnalisme numérique pour populations émotionnellement manipulables. Mais derrière cette intoxication pitoyable, une question devient impossible à éviter : qui finance, nourrit et orchestre cette hystérie médiatique permanente contre certains magistrats gabonais Car enfin, soyons sérieux deux minutes.

Depuis le procès de Sylvia Bongo Ondimba, de son fils Nourredin Bongo Valentin et de la fameuse “Young Team”, certains réseaux vivent manifestement dans un état de nerfs proche de l’insuffisance respiratoire politique. Le problème de ces gens-là, c’est qu’ils découvrent brutalement une chose qu’ils avaient oubliée pendant des décennies : la justice peut parfois s’intéresser aux puissants. Alors forcément, la panique gagne.

Et quand les arguments juridiques deviennent faibles, on active les méthodes classiques des vieilles officines : salir, discréditer, intoxiquer, inventer, manipuler, menacer symboliquement, harceler médiatiquement. Une stratégie tellement prévisible qu’elle finit presque par devenir ennuyeuse.

Hier, on contestait le doctorat du procureur obtenu à Université Paris Panthéon-Assas. Aujourd’hui, on invente son arrestation. Demain, à ce rythme, certains expliqueront probablement qu’il est recherché par Interpol, la CIA et les extraterrestres réunis. Le plus ridicule reste cependant cette bourgeoisie numérique en exil, installée dans quelques appartements parisiens, qui passe désormais plus de temps à commenter la justice gabonaise qu’à reconstruire sa propre crédibilité politique effondrée.

À chaque procédure judiciaire, les mêmes réseaux s’activent avec une synchronisation presque militaire : vidéos anonymes, faux scoops, lives hystériques, “documents exclusifs” sans signatures, blogs obscurs transformés en agences de renseignement improvisées. Une véritable république du ragot subventionné.

Et puis il y a ces nouveaux révolutionnaires du clavier, ces mercenaires de la désinformation qui parlent de démocratie avec la délicatesse d’un braqueur de quartier et l’élégance intellectuelle d’un commentaire Facebook écrit en majuscules. Le plus fascinant reste leur conception très particulière de la justice : lorsqu’un magistrat poursuit leurs adversaires, il devient compétent ; lorsqu’il touche à leur camp, il devient immédiatement corrompu, tribal, manipulé ou vendu. Une morale judiciaire à géométrie mafieuse.

Dans cette affaire, ce qui dérange probablement certains réseaux, ce n’est pas uniquement Eddy Narcisse Minang lui-même. Ce qui les dérange, c’est ce qu’il représente : une justice qui, pour une fois, ose regarder dans la direction où l’ancien système pensait rester éternellement intouchable. Alors on tente de l’épuiser.

On attaque son parcours académique.

On attaque sa réputation.

On attaque sa crédibilité.

On fabrique des arrestations imaginaires.

On transforme internet en décharge publique de fantasmes politiques.

Mais à force de vouloir abattre un homme tous les matins sur les réseaux sociaux, certains finissent surtout par exposer leur propre terreur. Car il faut être profondément inquiet pour mobiliser autant d’énergie à fabriquer des mensonges contre un magistrat.

Dans les couloirs judiciaires de Libreville, beaucoup commencent d’ailleurs à sourire devant cette agitation maladive. Un vieux magistrat résumait récemment la situation avec une ironie glaciale : “Quand des gens crient aussi fort contre la justice, c’est souvent qu’ils entendent déjà les pas du dossier derrière eux.”

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