Politique

Organisation de son 13e congrès : l’ex parti au pouvoir fait la manche chez Oligui Nguema et confirme son « aliénation »

En allant chercher la bénédiction présidentielle pour son 13ᵉ congrès, Blaise Louembé et Angélique Ngoma ont peut-être réussi un exploit : transformer une bataille de légitimité interne en démonstration publique de dépendance politique. Au Palais, le PDG est venu chercher un tuteur. Il pourrait bien y avoir trouvé sa propre mise sous tutelle.

Le vendredi 30 octobre dernier, Blaise Louembé et Angélique Ngoma ont franchi les portes du Palais présidentiel avec une ambition : obtenir de Brice Clotaire Oligui Nguema son accompagnement pour l’organisation du 13ᵉ congrès ordinaire du Parti démocratique gabonais (PDG), prévu du 27 au 29 novembre. Ils en sont ressortis avec une promesse présidentielle. Mais en politique, certaines bénédictions ressemblent étrangement à des actes de décès. Car enfin, au nom de quoi le président de la République peut-il se porter garant de l’organisation du congrès d’un parti politique, fût-il l’ancien parti dominant ? La question mérite d’être posée sans détour. Un chef de l’État, une fois élu, est-il censé incarner la République ou devenir le parrain institutionnel des formations politiques qui lui témoignent leur fidélité ?

La neutralité présidentielle n’est certes pas une abstraction constitutionnelle. Mais lorsqu’un président s’engage à accompagner un congrès partisan, à revoir les nominations pour favoriser ses cadres et à arbitrer, de fait, une querelle de leadership, la frontière entre l’autorité de l’État et les intérêts d’une formation politique devient dangereusement poreuse. Et pendant que le PDG applaudit, l’UDB, formation politique du chef de l’État, devrait peut-être se demander si son champion ne distribue pas ailleurs les dividendes d’une victoire électorale acquise sous ses propres couleurs. À moins que, dans la nouvelle grammaire politique gabonaise, la fidélité ne soit devenue une monnaie convertible en investitures, en nominations et en bénédictions présidentielles.

Le PDG : un suicide politique en costume-cravate ?

Blaise Louembé voulait manifestement consolider son autorité. Il pourrait avoir fait exactement l’inverse. En sollicitant l’onction du chef de l’État pour son congrès, le président contesté du PDG donne à ses adversaires un argument en or : celui d’une direction qui chercherait moins sa légitimité dans les statuts du parti que dans les couloirs du Palais.

Le vieux baobab politique, qui a traversé tant de saisons, semble aujourd’hui découvrir que ses racines ne suffisent plus à tenir debout. À force de vouloir s’accrocher au pouvoir, il risque de perdre jusqu’à la terre qui l’a nourri. Ali Bongo Ondimba avait peut-être vu juste lorsqu’il déclarait, à Paris, que le PDG était un esprit et qu’on ne tue pas un esprit. Une formule qui prend aujourd’hui des allures de prophétie politique. Car le PDG ne meurt pas nécessairement sous les coups de ses adversaires. Il pourrait bien être en train de s’administrer lui-même le coup fatal, à force de confondre survie institutionnelle et soumission politique. L’histoire a pourtant de quoi lui servir de leçon.

Le parti qui enterrait les autres découvre sa propre tombe

Dans les années 1990, le PDG a vu, et parfois contribué à précipiter, l’effondrement de formations politiques qui osaient contester son hégémonie. Le MORENA de Simon Oyono Aba’a, le RNB du père Paul Mba Abessolo et du professeur Pierre-André Kombila ont payé le prix d’un système politique où le parti dominant disposait de tous les leviers. Dans les années 2000, l’Union du peuple gabonais (UPG) de Pierre Mamboundou incarnait encore une opposition capable de faire trembler les certitudes du pouvoir. Le PDG, lui, semblait éternel. Il avait les structures, les moyens, les relais administratifs, les militants et une machine politique rodée à la conquête comme à la conservation du pouvoir.

Aujourd’hui, le voilà qui patauge dans ses propres contradictions. Le parti qui savait fragiliser les autres ne sait plus comment se sauver lui-même. Il se retrouve pris dans une bataille de légitimité où chaque camp brandit les statuts comme une Bible, tout en cherchant ailleurs le miracle de sa reconnaissance. Le congrès de novembre risque ainsi de ressembler moins à une opération de renaissance qu’à une cérémonie de confirmation d’une fracture. Et lorsqu’un parti doit appeler le chef de l’État à la rescousse pour régler ses problèmes de famille, c’est que la famille ne se parle plus, ou que la maison ne lui appartient déjà plus tout à fait.

Le 12 mars : une mémoire populaire sacrifiée sur l’autel des ambitions ?

Il y a pourtant une dimension que les batailles de fauteuil semblent avoir oubliée : le PDG n’est pas seulement une direction, une poignée de dignitaires ou une querelle entre deux secrétaires généraux. Il est aussi une mémoire politique et sociale. Pendant des décennies, des Gabonais ont contribué, parfois au prix de sacrifices financiers prélevés sur leurs maigres revenus, à faire vivre cette machine. D’autres ont investi leur foi politique dans les groupes d’animation, les chants, les rassemblements et les célébrations du 12 mars. À une époque, cette date avait presque rang de seconde fête nationale.

Cette ferveur populaire a constitué le ciment d’un parti qui ne se résumait pas aux salons feutrés de ses dirigeants. Elle a fait du PDG une institution sociale, un patrimoine politique partagé, même par ceux qui n’en étaient pas toujours les bénéficiaires. Or, aujourd’hui, que reste-t-il de cette histoire ? Des querelles de légitimité, des déclarations contradictoires, des congrès annoncés sous haute tension et des responsables qui semblent chercher auprès du pouvoir actuel le certificat de propriété d’une maison construite par plusieurs générations de militants. Le peuple du PDG a financé les fondations. Les dirigeants se disputent désormais les clés, pendant que le président de la République propose de choisir la serrure.

Oligui, arbitre ou acteur du match ?

En affirmant ne reconnaître qu’un seul PDG celui de Blaise Louembé et de ses compagnons reçus au Palais Brice Clotaire Oligui Nguema ne se contente pas d’exprimer une préférence. Il intervient dans une crise interne dont les conséquences dépassent largement les intérêts de cette formation. Certes, le chef de l’État revendique une filiation politique avec Omar Bongo Ondimba. Mais l’héritage politique n’est pas un titre foncier que l’on transmet par déclaration présidentielle. Il se construit, se dispute et se légitime au sein des organisations concernées.

La promesse d’accompagner le congrès de novembre pourrait donc produire un effet paradoxal : renforcer momentanément Blaise Louembé tout en affaiblissant durablement l’autonomie du PDG. Car si la légitimité d’un président de parti dépend désormais de la reconnaissance du président de la République, que valent encore les statuts, les militants et les instances internes ? Le PDG voulait sortir de la crise par la grande porte du Palais. Il risque d’en ressortir avec une laisse politique autour du cou. Le baobab n’est pas toujours abattu par la tempête. Il arrive qu’à force de chercher l’ombre d’un autre arbre, il finisse par oublier comment tenir debout tout seul.

 

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