Politique

« Vous ne pouvez détruire une base terroriste sans trouver un Coran », le président Ibrahim Traoré brise le tabou sur les origines du terrorisme dans le Sahel

La phrase est brutale, directe, et elle fait l’effet d’une bombe dans le Sahel. Le Capitaine-Président du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, a osé dire tout haut ce que beaucoup de dirigeants taisent par calcul politique. En pointant « l’islam radical » comme matrice première du terrorisme, il enterre la thèse complotiste et paresseuse qui fait de l’Occident, et surtout de la France,  fabricant du chaos sahélien.

Le discours a évolué. Et il fallait l’entendre. Dans plusieurs déclarations devenues virales sur les réseaux sociaux, Ibrahim Traoré a opéré un virage idéologique majeur. Longtemps, la rhétorique dominante dans une partie du Sahel consistait à expliquer le terrorisme par une formule simpliste : « C’est la France, c’est l’Occident qui nous l’a apporté. »

Le Président burkinabè, lui, a choisi la lucidité.  « Vous ne pouvez détruire une base terroriste sans trouver un coran », a-t-il lancé. La phrase n’est pas une attaque contre l’Islam, religion de paix pour des millions de Burkinabè. C’est une désignation claire de l’ennemi : l’Islam radical, le jihadisme comme idéologie de combat.

Ce discours tranche radicalement avec les déclarations ambiantes et majoritaires où l’on répète sans trop de réflexion que le terrorisme est fabriqué et entretenu de toutes pièces par les Occidentaux. Ibrahim Traoré n’a pas seulement parlé. Il a agi, et c’est ce qui donne à sa déclaration toute sa pertinence. Il a mis en application cette doctrine en jetant en prison l’imam radical sunnite Kindo et plusieurs de ses partisans, accusés de prêches extrémistes et de radicalisation.

En agissant ainsi, Traoré envoie trois messages puissants :  Il démontre premièrement  que le terrorisme a une base idéologique interne. On ne trouve pas un Coran interprété de façon littéraliste et guerrière dans une base terroriste par hasard. On le trouve parce que les groupes armés se nourrissent de cette interprétation pour recruter, endoctriner et tuer. Nier cela, c’est refuser de combattre le mal à la racine.

Il démonte, en outre, que la thèse de l’ennemi extérieur unique. Sinon comment expliquer l’arrestation d’un imam burkinabè, prêchant à des Burkinabè, radicalisant des Burkinabè, si le seul responsable est à Paris ou à Washington ? La thèse du « tout est de la faute de la France » est une thèse infantilisante. Elle dédouane les acteurs locaux, elle excuse la radicalisation interne et elle empêche toute autocritique.

Enfin, le président burkinabé, réhabilite la responsabilité des États sahéliens. En désignant l’islamisme radical, Traoré dit à ses pairs : notre premier combat est idéologique, éducatif et sécuritaire à l’intérieur de nos frontières. Tant qu’on accusera l’extérieur, on ne nettoiera pas l’intérieur.

La thèse largement ventilée sur les réseaux sociaux, selon laquelle l’Occident et surtout la France seraient les seuls responsables du terrorisme au Sahel, est séduisante car elle est facile. Elle ne demande aucune preuve, elle flatte le sentiment anti-colonial, elle fait des vues sur TikTok. Mais elle est sans pertinence pour une raison simple : elle est contredite par les faits.

Si la France fabriquait le terrorisme, pourquoi ses soldats sont-ils morts au combat contre ces mêmes groupes ? Pourquoi les groupes terroristes attaquent-ils des mosquées, des imams soufis, des marchés musulmans ? Pourquoi leur première victime est-elle le musulman sahélien lui-même ? Accuser l’Occident de tout, c’est offrir un permis de tuer aux vrais bourreaux. C’est leur donner une couverture idéologique parfaite.

Avec cette sortie, Ibrahim Traoré, qu’on l’aime ou qu’on le déteste, a eu le courage de nommer l’idéologie. Et en matière de lutte contre le terrorisme, nommer l’ennemi, c’est déjà commencer à le vaincre.

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