Politique

Détention de Giovanni Boulingui : comment les politiques « pseudo propriétaires » de la Nyanga tentent de faire taire une voix libre

Il est entré à la Direction générale des recherches antenne de Tchibanga à 13h. Il n’en est pas ressorti libre.  Mercredi 26 août, Lionel Giovanni Boulingui, porte-parole d’Ensemble pour le Gabon (EPG), a été placé en garde à vue à la Direction Générale des Recherches de Tchibanga. Le motif officiel n’est à ce jour pas communiqué.  Sauf que la convocation de Giovanni n’a rien  d’anodine. Depuis plusieurs semaines, il sillonne la province, caméra à la main, pour documenter les chantiers publics  inachevés.  D’autant qu’une enveloppe de  7 milliards de Fcfa avait débloqué pour la réalisation desdits projets.

Le 7 août, une vidéo de Giovanni montrant des tracteurs stationnés à Tchibanga et saisis de rouille pour manque d’entretien. Le lendemain, le directeur provincial de l’Agriculture expliquait qu’il s’agissait d’une « opération de maintenance ».   Plus récemment, il a interpellé les autorités sur l’exploitation du gisement de marbre de Douassagoussou, réclamant plus de transparence.

Giovanni  avait aussi documenté l’état d’avancement des ouvrages hydrauliques et des bâtiments publics dont le retard et la qualité suscitent des interrogations.  Ces sorties ont provoqué des réactions de l’administration et des « controverses locales ». Coïncidence ou pas, c’est après cette série de publications que la DGR l’a convoqué avant de le placer en garde à vue.

L’EPG dénonce une manœuvre politique.  Le parti estime que « l’enquête doit permettre d’établir les faits et ne doit pas servir à justifier, après coup, une arrestation », écrit-il dans son communiqué.  Le timing interroge : convoqué par la DGR de Tchibanga, Giovanni s’est présenté et a été placé en garde à vue. Or, ses critiques portaient précisément sur la gestion de projets dans la Nyanga.   Le parti appelle au calme  tout en réclamant que les droits de Giovanni Boulingui soient respectés.

Pour beaucoup d’observateurs, on est face au syndrome du « politique propriétaire »: dans certaines provinces, des élus et cadres locaux considèrent la critique publique comme une atteinte personnelle. Toute voix indépendante devient alors une menace à faire taire.

Mercredi soir, le mystère restait entier. Et derrière les spéculations, une question simple : pourquoi chercher à faire taire celui qui filme les tracteurs rouillés, les chantiers à l’arrêt et demande des comptes sur le marbre de Douassagoussou ?   Dans la Nyanga comme ailleurs, la liberté de documenter l’action publique n’est pas un délit. Si elle devient un motif d’interpellation, alors ce n’est pas Giovanni qu’on arrête. C’est le droit des citoyens à communiquer et à informer.

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