Tribune libre : « Accès aux soins au Gabon : jusqu’à quand l’État tolérera-t-il l’inacceptable ? »

Par Étienne MAKOUNGOU, Penseur libre de Lowa
Aux autorités de la République, il n’est plus possible de détourner le regard. La situation de l’accès aux soins au Gabon a franchi le seuil de l’inacceptable. Ce qui se déroule aujourd’hui dans nos structures hospitalières ne relève plus de simples dysfonctionnements, mais d’un échec systémique dont les conséquences se mesurent en vies humaines.
Dans notre pays, être malade est devenu un facteur de précarisation accélérée, voire une condamnation silencieuse. L’hôpital public, pilier supposé de la solidarité nationale, a progressivement cessé d’assurer sa mission fondamentale. Il ne soigne plus d’abord ; il sélectionne. Et ce critère de sélection est connu de tous : la capacité à payer immédiatement.
Combien de patients voient leurs soins retardés, suspendus ou refusés faute de moyens financiers ? Combien de familles sont contraintes de s’endetter, de mendier ou de renoncer ? Combien de décès, faute d’accès rapide à un examen ou à un traitement, ne seront jamais comptabilisés comme les conséquences directes de ces défaillances ?
Cette réalité est connue. Elle est vécue quotidiennement. Elle est documentée. Et pourtant, elle persiste. Plus grave encore, le mécanisme censé corriger ces inégalités – l’assurance maladie – est aujourd’hui au cœur du dysfonctionnement.
La CNAMGS, conçue pour protéger, est devenue dans les faits un dispositif qui n’empêche plus l’exclusion financière des patients. Le principe du tiers payant est contourné, vidé de sa substance, transformant l’assuré en préfinanceur de ses propres soins.
Il faut le dire clairement : un système dans lequel un citoyen assuré ne peut pas se faire soigner faute d’argent est un système qui ne remplit plus sa mission. Dans ces conditions, la responsabilité de la puissance publique est directement engagée. Car il ne s’agit ni d’un manque de diagnostic, ni d’une absence de solutions. Il s’agit d’un défaut de décision.
Pendant que les investissements visibles se multiplient, que les infrastructures s’annoncent et que les discours se succèdent, l’essentiel continue de faire défaut : la garantie effective de l’accès aux soins. La question est donc simple : combien de temps encore cette situation sera-t-elle tolérée ?
Il est impératif de rompre avec cette logique d’ajustements marginaux et d’engager une réponse à la hauteur de la crise. Cela passe, sans délai, par la création d’un Fonds national de solidarité sanitaire, capable de garantir la prise en charge immédiate des patients, sans condition de paiement préalable. Ce mécanisme ne relève pas de l’innovation, mais du bon sens. Il s’agit d’assurer que, face à l’urgence, l’argent ne soit plus un préalable à la vie.
Dans le même temps, la réforme de la CNAMGS ne peut plus être différée. Le tiers payant doit être appliqué strictement, sans contournement, sans transfert de charge vers les patients. À défaut, l’assurance maladie continuera de fonctionner comme une promesse non tenue.
Enfin, il est urgent de mettre un terme à une organisation hospitalière qui fragmente la prise en charge et impose aux patients un parcours coûteux, incohérent et souvent insoutenable.
Les autorités ne peuvent plus ignorer que, dans sa forme actuelle, le système de santé exclut, appauvrit et, dans certains cas, condamne.
Gouverner, c’est arbitrer. Et en matière de santé, l’arbitrage ne peut se faire au détriment de la vie. Chaque jour sans réforme est un jour de trop. Chaque retard a un coût humain.
La question n’est plus de savoir s’il faut agir. Elle est de savoir pourquoi cela n’a pas encore été fait.



