Dans le costume d’opposant radical : Ali Bongo mobilise la diaspora pour préparer son retour dans le débat politique national

La politique gabonaise n’a décidément pas fini de surprendre. Ceux qui, hier encore, promettaient de faire tomber Ali Bongo Ondimba à coups de manifestations, de vidéos incendiaires et de discours révolutionnaires sur les trottoirs parisiens semblent aujourd’hui avoir trouvé le chemin d’une réconciliation aussi rapide qu’inattendue. Le miracle n’a pas eu lieu à Lourdes. Il se serait simplement produit dans les salons feutrés d’un hôtel parisien.
Selon plusieurs sources concordantes relayées par la presse spécialisée, l’ancien président Ali Bongo Ondimba multiplierait les rencontres discrètes avec certains activistes gabonais de la diaspora. Objectif supposé : préparer son retour dans le débat politique national et construire un front susceptible de fragiliser la position du pouvoir actuel.
Le plus fascinant dans cette affaire n’est pas tant l’ambition de l’ancien chef de l’État. Après tout, rares sont les dirigeants qui acceptent de disparaître totalement du paysage politique après avoir exercé le pouvoir pendant plus d’une décennie. Non. Le véritable sujet réside dans l’identité de ses nouveaux compagnons de route.
Car parmi ceux qui seraient aujourd’hui disposés à dialoguer avec Ali Bongo figureraient certains visages qui, hier encore, le présentaient comme l’incarnation de tous les maux du Gabon. Corruption, mauvaise gouvernance, confiscation du pouvoir, dérives institutionnelles : les accusations pleuvaient alors avec une remarquable régularité.
La question mérite donc d’être posée : qu’est-ce qui a changé ? Les principes ont-ils évolué ? Les convictions se sont-elles soudainement assouplies ? Ou bien assistons-nous à l’une de ces métamorphoses politiques dont seule la perspective d’un intérêt supérieur souvent financier ou stratégique possède le secret ?
Dans les milieux politiques gabonais, certains observateurs parlent déjà d’une alliance de circonstance. D’autres évoquent une coalition des frustrations. Les plus sévères y voient un simple marché politique où chacun tente de retrouver une place perdue depuis les événements du 30 août 2023. L’ancien président, longtemps présenté comme politiquement isolé, chercherait désormais à réactiver ses réseaux internationaux et à peser sur l’opinion depuis l’étranger. Une stratégie classique pour un ancien dirigeant qui refuse d’accepter sa sortie de scène.
Mais cette démarche comporte un risque majeur : celui de rappeler aux Gabonais les raisons mêmes qui avaient provoqué l’effondrement de son régime. Car si le temps apaise les rancœurs, il n’efface pas les souvenirs. Les difficultés économiques, les inégalités sociales, les scandales financiers et les nombreuses promesses restées sans lendemain demeurent encore dans la mémoire collective.
Dans ce contexte, voir certains activistes autrefois farouchement opposés à Ali Bongo apparaître aujourd’hui comme des interlocuteurs privilégiés soulève naturellement des interrogations sur la cohérence de leur combat passé. L’autre élément notable de cette séquence concerne la visite officielle prévue en France du Président Brice Clotaire Oligui Nguema. Selon plusieurs indiscrétions, certains réseaux travailleraient déjà à organiser des actions médiatiques destinées à ternir l’image du chef de l’État pendant son séjour parisien. Si tel est réellement le cas, le paradoxe devient saisissant.
L’homme que certains activistes présentaient hier comme le symbole de la lutte contre le système Bongo se retrouverait aujourd’hui associé à celui-là même qu’ils combattaient avec la plus grande virulence. La révolution semble parfois posséder une mémoire étonnamment sélective. Pendant ce temps, le président Oligui Nguema poursuit sa stratégie de communication axée sur les grands chantiers, les infrastructures et les réformes institutionnelles. Ses partisans estiment que le pays doit désormais regarder vers l’avenir plutôt que replonger dans les querelles d’un passé récent.
Au final, cette affaire révèle une vérité immuable de la politique : il n’existe pas d’ennemis éternels, seulement des intérêts permanents. Reste désormais à savoir si les Gabonais assisteront réellement au retour politique d’Ali Bongo ou simplement à une nouvelle démonstration de cette vieille maxime selon laquelle, en politique, les convictions changent parfois plus vite que les saisons. Une chose demeure certaine : lorsque les anciens procureurs deviennent les nouveaux alliés de leurs anciens accusés, ce ne sont pas les discours qui parlent le plus fort. Ce sont les contradictions.



