Société

Guerre de succession à l’Église évangélique du Gabon : le grand braquage spirituel en cours de téléchargement ?

LIBREVILLE – L’Église évangélique du Gabon traverse une zone de fortes turbulences. Depuis plusieurs semaines, des voix internes dénoncent une crise de gouvernance qui, selon elles, pourrait conduire l’institution “au bord de l’implosion”.

Tout part  d’une audience qu’a accordée le Président de la République à une délégation de l’Église Évangélique. Officiellement, il était question de solliciter l’appui du Chef de l’État pour l’organisation du prochain synode. Officieusement, certaines voix indiquent que la délégation conduite par le président sortant de l’église, Révérend Louis Sylvain  ENGO, serait allée présenter à Oligui Nguema le prochain président de l’Église Évangélique faisant fin de l’élection et des textes qui régissent l’institution religieuse.

Des fidèles interrogés accusent le président de l’Église évangélique d’avoir imposé un candidat au détriment des textes en vigueur.

L’Église Évangélique du Gabon vit peut-être l’une des pages les plus sombres de son histoire contemporaine.

À entendre de nombreux fidèles, le prochain synode ne ressemblerait plus à une rencontre spirituelle destinée à discerner la volonté de Dieu, mais à une opération de conquête où les rapports de force politiques semblent prendre le pas sur les textes, les principes et les convictions religieuses. Dans les paroisses, l’indignation monte.

Une question revient avec insistance : L’Église Évangélique du Gabon appartient-elle encore aux fidèles ou est-elle devenue une simple annexe des intérêts politiques du moment ? Jamais, depuis les grandes fractures qui ont déchiré l’institution pendant plusieurs décennies, le sentiment d’humiliation n’a semblé aussi fort. Les textes existent. Les critères existent. Les procédures existent.

Mais à quoi servent les règles lorsqu’elles semblent devenir facultatives pour certains et obligatoires pour les autres ? Le spectacle offert aujourd’hui donne l’impression d’une institution fragilisée où la volonté des communautés locales pèse moins lourd que les calculs de quelques décideurs convaincus que tout peut s’acheter, tout peut se négocier et tout peut s’imposer.

Une succession sous haute tension

Pendant que les fidèles prient, d’autres manœuvrent. Pendant que les pasteurs tentent de préserver l’unité, d’autres alimentent les divisions. Pendant que l’Église s’appauvrit, certains semblent davantage préoccupés par la conquête du pouvoir que par le salut de l’institution. L’impression qui domine est celle d’une immense confiscation.

Confiscation de la parole. Confiscation du débat. Confiscation de la souveraineté des synodes. Confiscation de la volonté des fidèles. Et lorsqu’une Église commence à fonctionner comme un appareil politique, elle cesse progressivement d’être un espace de rassemblement spirituel pour devenir un champ de bataille permanent.

Le silence qui accuse

Plus grave encore, le silence des responsables nourrit toutes les suspicions. Chaque absence d’explication. Chaque décision opaque. Chaque négociation menée loin des regards. Chaque intervention extérieure réelle ou supposée. Tout cela alimente une colère qui ne cesse de grandir. Car lorsqu’un peuple n’obtient plus de réponses, il finit par imaginer le pire. Et aujourd’hui, beaucoup imaginent le pire.

L’Église au bord du précipice

Le véritable scandale n’est pas seulement la bataille autour d’un nom. Le véritable scandale est l’état de fragilité dans lequel se trouve l’Église. Des écoles en difficulté. Un patrimoine contesté. Une gouvernance régulièrement remise en question. Des divisions régionales persistantes. Une jeunesse qui doute. Des fidèles qui s’interrogent. Et au sommet, des querelles de succession qui donnent parfois le sentiment que le pouvoir est devenu plus important que la mission.

L’histoire enseigne pourtant une vérité implacable : Les institutions religieuses ne meurent pas d’abord de la pauvreté. Elles meurent lorsque leurs fidèles cessent de croire en l’exemplarité de ceux qui les dirigent.

Le verdict de l’histoire

Les responsables actuels devraient méditer une leçon simple. On peut imposer une décision. On peut influencer une élection. On peut neutraliser des opposants. On peut gagner un synode. Mais personne ne gagne contre la mémoire collective. Si les fidèles finissent par considérer que leur Église est devenue le terrain de jeu d’ambitions personnelles, alors la fracture qui s’ouvrira sera bien plus profonde qu’une simple crise électorale. Ce jour-là, ce ne sera pas seulement une présidence qui sera contestée.

Ce sera la légitimité même du système qui sera mise en accusation. Et aucune autorité politique, aucun notable influent, aucun réseau d’intérêts ne pourra reconstruire facilement la confiance perdue. Car lorsqu’une Église perd son âme, il faut parfois plusieurs générations pour la retrouver.

 

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