Politique

Bilie-By-Nze : plusieurs semaines dans une cellule sans fenêtre, privé de ses lunettes

Au Gabon, certains détenus ont droit à une fenêtre. D’autres à une télévision. Alain-Claude Bilie-By-Nze, lui, aurait d’abord hérité d’un traitement plus original : le noir complet. Selon les révélations publiées par Jeune Afrique, l’ancien Premier ministre aurait passé plusieurs semaines dans une cellule sans fenêtre, privé de ses lunettes et soigneusement éloigné de toute lecture susceptible de lui rappeler qu’il existe encore un monde extérieur. Une forme de retraite spirituelle imposée qui ferait presque passer certains monastères pour des centres de loisirs.

Officiellement, il ne s’agit évidemment pas d’un traitement particulier. Officieusement, les explications varient. Les lunettes auraient été confisquées au nom d’une prudence héritée de la fameuse affaire Noureddin Bongo, dont les accessoires optiques avaient provoqué quelques embarras à l’administration pénitentiaire. Depuis, semble-t-il, les lunettes seraient devenues des objets plus dangereux que certains dossiers judiciaires.

Le plus savoureux reste toutefois la gestion de l’information. Les romans seraient autorisés. Les journaux interdits. Les essais politiques proscrits. En revanche, un quotidien relatant l’inauguration du Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba aurait miraculeusement franchi les contrôles.

Ainsi donc, la presse serait dangereuse, sauf lorsqu’elle contient de bonnes nouvelles institutionnelles. On ne sait plus très bien s’il s’agit d’une mesure de sécurité ou d’un programme de rééducation civique.

UNE AFFAIRE QUI CHANGE DE VISAGE

Mais derrière les détails de la vie carcérale se cache peut-être un phénomène plus intéressant. Selon plusieurs sources proches du dossier, l’affaire qui avait initialement été présentée comme un dossier judiciaire relativement classique aurait progressivement pris une autre dimension.

Au fil des semaines, les débats semblent avoir quitté le strict terrain juridique pour s’installer sur le terrain politique. Les questions se multiplient. Pourquoi une procédure concernant des faits remontant à près de deux décennies devient-elle subitement prioritaire ?

Pourquoi les discussions publiques portent-elles désormais davantage sur le personnage que sur les faits reprochés ? Pourquoi les conditions de détention deviennent-elles elles-mêmes un sujet national ? Dans les couloirs de Libreville, certains observateurs avancent une hypothèse embarrassante : l’affaire Bilie-By-Nze serait en train d’échapper à ses initiateurs.

Au lieu d’affaiblir politiquement l’ancien Premier ministre, elle contribuerait paradoxalement à renforcer son statut d’opposant. L’histoire politique africaine regorge pourtant d’exemples similaires : lorsqu’un adversaire est placé au centre de l’attention publique, il cesse parfois d’être un simple justiciable pour devenir un symbole. Et les symboles sont souvent plus difficiles à gérer que les dossiers judiciaires.

LA JUSTICE SOUS LES PROJECTEURS

Le parquet affirme agir en toute indépendance. C’est son rôle. La défense dénonce une procédure irrégulière. C’est le sien. Le pouvoir exécutif assure ne pas être concerné. C’est sa ligne. Mais dans l’opinion, une question demeure. Si la justice est totalement indépendante, pourquoi chaque rebondissement de ce dossier produit-il autant d’effets politiques ?

Car il faut reconnaître que l’affaire présente une singularité rare : presque chaque décision judiciaire est immédiatement interprétée comme un signal politique. La demande de nullité rejetée ? Signal politique. Les restrictions imposées en détention ? Signal politique. Les déclarations des responsables publics ?Signal politique.

Le silence de certains acteurs ? Encore un signal politique. À ce rythme, même la météo au-dessus de Libreville risque bientôt d’être analysée comme un communiqué officiel.

LE RISQUE DU BOOMERANG

Au sommet de l’État, certains stratèges commencent probablement à mesurer un risque que l’histoire politique connaît bien : celui du boomerang. Lorsqu’une procédure dure trop longtemps. Lorsqu’elle accumule les controverses. Lorsqu’elle suscite davantage de questions que de réponses. Lorsqu’elle donne l’impression que les débats procéduraux prennent le dessus sur le fond.

Alors le dossier judiciaire cesse d’être un dossier judiciaire. Il devient une affaire politique. Et lorsqu’une affaire devient politique, ce ne sont plus seulement les magistrats qui sont observés. Ce sont les institutions tout entières. Aujourd’hui, la véritable question n’est peut-être plus de savoir si Alain-Claude Bilie-By-Nze sortira libre ou condamné.

La véritable question est de savoir quelle image de la justice gabonaise sortira de cette épreuve. Car dans cette affaire, un homme est détenu. Mais c’est une institution entière qui est désormais jugée par l’opinion publique.

 

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