Agasa: deux ans de dérive dans le silence absolu
C’était censé être le bouclier sanitaire du Gabon. L’Agence Gabonaise de Sécurité Alimentaire (AGASA). Sa mission est vitale : contrôler tout ce que les Gabonais mangent, filtrer les produits qui entrent au pays, assurer le contrôle phyto et phytosanitaire. C’est la santé de tout un peuple qui est en jeu.
Deux ans après, le constat est accablant. L’agence a touché le fond. Et tout le monde se tait. Malgré les rapports, rien ne bouge. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir alerté. Selon des documents que nous avons pu consulter, l’AGASA a subi un contrôle de la Cour des Comptes. Elle a subi un contrôle de la Task Force. Les administrateurs eux-mêmes ont produit un rapport accablant.
Trois rapports. Trois alertes. Même conclusion : mauvaise gestion, absence de procédures, dérive totale. Malgré tout cela, aucune sanction. Le PCA reste amorphe. La tutelle reste amorphe. Silence radio. 89 millions à plus de 150 millions : la masse salariale explose
À son arrivée, l’équipe actuelle a trouvé une masse salariale de 89 millions de FCFA. Aujourd’hui, nous sommes à plus de 150 millions. Où est passé l’argent ? Certainement pas dans l’investissement. Car l’AGASA n’investit pas. L’AGASA n’a pas de laboratoire. Aux frontières, là où devrait se jouer le contrôle, nos agents n’ont pas de matériel. Pas de kits, pas d’équipements. Si une crise sanitaire éclate demain, l’AGASA ne pourra pas faire face. Elle en est incapable. C’est une mise en danger de la population.
Des contrats sans procédures, une gestion de boutique
Comment cet argent est-il dépensé ? Selon nos sources internes, des contrats sont signés sans respecter la moindre procédure de marché public. On gère une agence d’État stratégique comme une épicerie de quartier, au gré des affinités et des humeurs. Pendant ce temps, on se targue que tout va bien, alors que tout va de mal en pis.
La grève réprimée, une ethnie privilégiée
Il y a eu une grève. Une grève légale, le droit de grève étant permis par la Constitution gabonaise. Que s’est-il passé ? Des agents qui ont exercé leur droit ont été virés injustement. Pourquoi ? Pour faire de la place. Pour libérer des postes au profit d’une seule ethnie, d’un seul village.
Aujourd’hui à l’AGASA, on ne recrute plus un profil, on recrute une ethnie. On affecte les gens non selon leurs compétences, mais selon leur clan. Les autres ethnies sont poussées vers la sortie. C’est le tribalisme érigé en mode de gestion. Le népotisme et le favoritisme comme critères de promotion.
Le cirque des réseaux sociaux
Au lieu de travailler à redresser l’agence, la Direction Générale s’est lancée dans un autre exercice : le cirque des réseaux sociaux. Le DG s’épanche sur Facebook, s’étale en justifications, manipule l’opinion, ment, et pendant ce temps bousille les carrières des autres cadres qui osent dire la vérité.
On se nargue même de « manger avec les plus Hautes Autorités », comme si la proximité avec le pouvoir était un permis pour tout faire, pour piétiner les textes. Deux ans de dérive. Trois rapports ignorés. Une masse salariale qui double sans aucun investissement. Des grévistes licenciés illégalement. Des recrutements tribaux. Des contrats opaques.
Et face à cela, le silence assourdissant de ceux qui sont censés contrôler.
Aujourd’hui, des agents à l’intérieur lancent un cri d’alarme aux plus Hautes Autorités de la République, et au Président de la Transition lui-même : il faut venir voir ce qui se passe à l’AGASA. Il faut enlever l’équipe actuelle avant qu’une crise sanitaire ne révèle au grand jour l’imposture.
La sécurité alimentaire des Gabonais ne peut pas être gérée comme une affaire de village.



