Serge William Akassaga : le poignard dans le dos d’Ali Bongo !
L’ancien compagnon sort la lame du bilan. Mais dans cette guerre des fidélités, qui peut jurer n’avoir jamais profité du système qu’il dénonce aujourd’hui ?
En politique, les anciens amis ont parfois une mémoire redoutable : ils se souviennent soudain de toutes les fautes de celui qu’ils accompagnaient hier. Serge William Akassaga, ancien maire de Libreville issu du Parti démocratique gabonais (PDG), vient de remettre Ali Bongo Ondimba face à ses contradictions. L’ancien président réclame désormais dialogue, transparence, renouvellement et démocratie interne. L’ancien édile lui oppose une question qui fait mal : pourquoi ces exigences n’étaient-elles pas prioritaires lorsqu’il tenait les rênes du parti et de l’État ?
Le coup est politique. La formule est redoutable. Et le symbole, lui, est cruel : Ali Bongo découvre que ceux qui connaissent le mieux les faiblesses d’une maison sont souvent ceux qui y ont longtemps habité.
Le bilan, cette arme que les anciens amis dégainent tardivement
Depuis son intervention du 20 octobre 2026, Ali Bongo Ondimba tente de reprendre la parole dans le débat sur l’avenir du PDG. Mais voilà que Serge William Akassaga lui rappelle une règle élémentaire : on ne refonde pas une maison sans expliquer pourquoi elle s’est fissurée sous sa propre direction. Sur le fond, l’interpellation est légitime. Un ancien président qui réclame aujourd’hui davantage de démocratie interne doit accepter que l’on examine les pratiques de l’époque où il disposait du pouvoir.
Mais il y a un détail qui mérite de ne pas passer inaperçu : Serge William Akassaga n’est pas un observateur tombé du ciel. Il a lui-même exercé des responsabilités municipales sous les couleurs du PDG. D’où cette question, aussi gênante que nécessaire : où était cette voix critique lorsque le système fonctionnait encore, et que ses responsables en occupaient les postes ?
Il ne s’agit pas de lui interdire de changer d’opinion. En démocratie, le droit à la rupture est aussi précieux que celui de la fidélité. Mais ce droit n’efface pas le devoir d’expliquer son parcours. Car la politique gabonaise a parfois cette étrange faculté : les convictions se réveillent au moment où les rapports de force changent. Hier, on partageait la maison. Aujourd’hui, on en dresse l’inventaire des défauts. Demain, qui sait, on expliquera peut-être qu’on n’en possédait même pas la clé.
L’acte de naissance, le passé et les questions qui dérangent
La polémique autour de l’acte de naissance d’Ali Bongo Ondimba a marqué durablement la vie politique gabonaise. Elle appartient à l’histoire des controverses qui ont accompagné son parcours et alimenté le débat public. Mais si ce dossier rappelle combien le passé politique peut ressurgir brutalement, il ne permet pas, à lui seul, d’attribuer à Serge William Akassaga un rôle dans cette affaire. Aucun élément présenté ne démontre qu’il aurait participé à l’établissement ou à la controverse entourant cet acte.
La satire n’a pas besoin d’accusations invérifiées pour frapper juste. Le véritable sujet est ailleurs : peut-on avoir été un acteur d’un système politique et prétendre aujourd’hui en juger les dérives sans rendre compte de sa propre participation ? La question vaut pour Serge William Akassaga. Elle vaut également pour tous les anciens responsables qui, depuis le 30 août 2023, redécouvrent les vertus de la critique.
Les transhumants au banc des accusés
Louis Léandre Ebobola Tsibah a dénoncé les changements d’allégeance politique, tandis que Jean Valentin Leyama a appelé Brice Clotaire Oligui Nguema à privilégier les hommes et les femmes de conviction. Le message est lancé. Mais la cohérence politique ne se proclame pas : elle se démontre.
Changer de camp n’est pas nécessairement trahir. Reconnaître ses erreurs n’est pas une faiblesse. Rompre avec une ancienne formation peut même constituer un acte de courage. Encore faut-il expliquer ce qui a changé : les convictions, le regard porté sur le système ou simplement les circonstances ? Dans cette affaire, chacun semble distribuer les certificats de fidélité aux autres. Pourtant, le véritable examen devrait commencer par soi-même.
Verdict : au PDG, les poignards sont rhétoriques, mais les mémoires sont longues
Serge William Akassaga a porté un coup politique à Ali Bongo Ondimba en contestant la cohérence de son discours. Mais le coup de poignard, s’il fait une bonne formule de presse, ne constitue pas à lui seul la preuve d’une trahison. Il traduit surtout une confrontation entre un ancien président qui veut peser sur l’avenir de son parti et d’anciens compagnons qui lui rappellent son passé. Le paradoxe est savoureux : Ali Bongo doit répondre de la gouvernance qu’il a incarnée ; ses anciens collaborateurs doivent, eux aussi, expliquer les responsabilités qu’ils ont exercées.
Le PDG n’a pas seulement besoin d’un nouveau discours. Il a besoin d’un examen de conscience collectif. Car le plus commode, en politique, est toujours de désigner le chef comme seul responsable lorsque le navire prend l’eau. Le plus difficile est de reconnaître que certains passagers ont longtemps navigué à bord sans réclamer de changement de cap. Et c’est peut-être là que se trouve la véritable leçon de cette querelle : au Gabon, les anciens amis peuvent se poignarder à coups de déclarations. Mais lorsqu’il s’agit de rendre des comptes, la lame devrait se retourner vers chacun. En politique, on peut changer de camp. Ce qu’on ne devrait jamais pouvoir changer aussi facilement, c’est son passé.



