Anicet Engo dégommé de la tête de la ligue des jeunes : l’UDB a-t-elle peur de sa propre jeunesse ?
Changement brutal à la tête de la Ligue des Jeunes de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB). Anicet Engo n’est plus le président de la Ligue des Jeunes. Sur décision du Président fondateur du parti, Brice Clotaire Oligui Nguema, il a été démis de ses fonctions ce mardi 20 octobre. La décision aurait été signifiée par courrier à la hiérarchie du parti.
Pour assurer l’intérim, c’est son vice-président, Steeve Davin Mouguiama, qui est appelé à prendre les commandes de l’organisation jusqu’au congrès du parti annoncé pour le 5 décembre prochain. Une éviction officiellement sans motif. Mais le calendrier, lui, parle beaucoup.
Car l’éviction intervient seulement trois jours après une prise de parole qui dérange.Samedi 17 octobre, au siège de l’UDB à Akanda, Anicet Engo présidait un grand rassemblement réunissant les représentants de la Ligue des jeunes venus des neuf provinces du Gabon.
Et là, il n’a pas fait dans la langue de bois. Devant les militants, il a mis les pieds dans le plat : il a fustigé le décalage entre les jeunes cadres qui bénéficient de nominations et ceux de la base, qui s’estiment laissés de côté.
« Nous ne devons pas nier ces sentiments de frustrations qui traversent notre Ligue. Mais nous ne pouvons pas laisser les déceptions d’hier décider de votre avenir », a-t-il déclaré.
La rencontre s’est conclue par une déclaration solennelle adressée directement au Chef de l’État. Si les jeunes ont salué les initiatives gouvernementales, ils ont surtout réclamé deux choses : une meilleure association des jeunes à la conduite des affaires publiques et des réponses concrètes au chômage. Le tout résumé en une phrase qui a fait mouche : « Il ne suffit pas de construire le Gabon pour la jeunesse, il faut donner à la jeunesse les moyens de participer à sa construction. » Trois jours plus tard, il est évincé.
Anicet Engo n’a pas appelé à la rupture. Il a associé reconnaissance, expression du mécontentement et appel à l’unité. Mais cette éviction soulève des questions brûlantes pour le parti présidentiel : L’UDB a-t-elle peur de sa propre jeunesse ?
L’UDB est un parti jeune qui a besoin de sa jeunesse pour gagner les élections. Faire taire celui qui porte la frustration de la base, c’est prendre le risque de la transformer en colère sourde. On ne construit pas un parti en muselant sa Ligue des Jeunes. Si dire que les jeunes de la base se sentent oubliés vaut une éviction, quel espace reste-t-il pour le débat interne ? Un parti qui ne supporte pas l’autocritique est un parti qui se coupe de la réalité du terrain.
Cette décision intervient à moins de deux mois du premier congrès ordinaire de l’UDB, le rendez-vous fondateur qui doit structurer le parti. Steeve Davin Mouguiama hérite d’une Ligue traversée par des attentes que son prédécesseur venait justement de porter sur la place publique. Il devra répondre à ces frustrations, sans avoir été celui qui a osé les dire.
Reste à savoir si le départ d’Anicet Engo relève d’une simple réorganisation interne ou s’il traduit un désaccord plus profond sur la manière dont les jeunes du parti peuvent exprimer leurs revendications. Une chose est certaine : En voulant éteindre la frustration, l’UDB vient de la rendre beaucoup plus visible.



