Politique

Ministère de l’Intérieur : Edgar Moukoumbi déclare la guerre aux marchands de Dieu

Églises de Réveil, business de la délivrance, fidèles sous pression et quartiers sous décibels : le grand ménage annoncé dans la République des prophètes autoproclamés. Au Gabon, le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, Edgard Moukoumbi, veut mettre de l’ordre dans le secteur religieux. Une annonce qui fait souffler un vent d’espoir chez les citoyens excédés par certaines dérives : promesses de miracles contre contributions financières, implantation anarchique de lieux de culte et nuits transformées en concerts de prières forcées. Reste à savoir si le gouvernement s’attaquera réellement au business de la foi ou s’il se contentera de faire trembler les chaires avant de ranger le sifflet.

Au commencement était le Verbe. Puis certains ont découvert le pouvoir de la quête. Ensuite sont apparus les prophètes des miracles express, les pasteurs de la prospérité immédiate et les spécialistes de la délivrance à contribution variable. Aujourd’hui, au Gabon, le ministre Edgard Moukoumbi annonce vouloir réglementer les Églises de Réveil. Et soudain, dans le petit monde des entrepreneurs du sacré, le ciel pourrait bien se couvrir.

« Notre pays n’est pas une passoire », avertit le membre du gouvernement. Une formule qui sonne comme un coup de tonnerre dans un secteur où, selon les critiques régulièrement exprimées par des citoyens, la multiplication de certaines assemblées religieuses semble parfois obéir davantage aux lois du marché qu’à celles de la spiritualité. La question est désormais posée : qui prêche véritablement l’Évangile, et qui a découvert dans la Bible un excellent manuel de développement commercial ?

Alléluia ! La quête est ouverte, le miracle est en supplément

Dans certaines chapelles, le diable serait partout : dans les maladies, le chômage, les conflits familiaux, les difficultés conjugales et même les retards de salaire. Heureusement, le remède ne serait jamais très loin. Il suffirait de venir au culte, de recevoir la prière appropriée et, parfois, de consentir à une contribution financière dont le montant semble étrangement proportionnel à l’ampleur du désespoir. Le fidèle sans emploi vient chercher une parole d’espérance. On lui promet la prospérité. La mère inquiète pour son enfant vient demander du réconfort. Elle se retrouve parfois sommée de multiplier les sacrifices financiers. Le malade espère une guérison. Il peut entendre qu’un manque de foi expliquerait l’absence de résultat.

Dans ce théâtre de la crédulité, le miracle est toujours annoncé, mais rarement accompagné d’une garantie après-vente. Évidemment, toutes les Églises ne fonctionnent pas ainsi. Nombre de responsables religieux accomplissent un travail social précieux, accompagnent les familles et soutiennent les plus vulnérables. Mais cette contribution honorable ne doit pas servir de bouclier aux pratiques abusives de ceux qui exploiteraient la détresse humaine. Car lorsque la foi devient un fonds de commerce, le pauvre fidèle risque de payer deux fois : d’abord avec son argent, ensuite avec sa culpabilité. Et si le miracle tarde à venir, il reste toujours une explication providentielle : le croyant n’aurait pas assez prié, pas assez jeûné ou pas suffisamment donné. Dans cette économie spirituelle, l’échec du prédicateur devient parfois la faute du client. Le Bon Dieu, lui, n’a pas encore communiqué ses tarifs officiels.

Les décibels du Seigneur : quand tout le quartier devient fidèle malgré lui

Il y a aussi les miracles acoustiques. Dans certains quartiers, il n’est plus nécessaire de franchir la porte d’un lieu de culte pour participer à la célébration. Les haut-parleurs s’en chargent. Dès les premières heures du jour, parfois jusque tard dans la nuit, les chants amplifiés, les cris de délivrance et les prières à pleine puissance s’invitent chez les voisins. Le citoyen qui travaille le lendemain, l’enfant qui doit étudier, le malade qui cherche le repos ou la personne âgée qui aspire au silence découvrent une vérité sonore : certains pasteurs semblent considérer que le volume de la prière mesure l’intensité de la foi.

À ce rythme, les habitants n’ont plus besoin de payer la dîme pour bénéficier du programme religieux. Ils reçoivent le culte gratuitement, avec les basses, les aigus et les nuisances comprises dans le forfait. Le comble, c’est que celui qui ose réclamer le silence risque parfois d’être soupçonné de combattre l’œuvre de Dieu. Comme si la tranquillité publique était une invention du diable. Il faudra pourtant rappeler aux marchands de décibels que la liberté de culte n’est pas une licence de troubler le voisinage. Le droit de prier appartient aux croyants ; celui de dormir appartient aussi aux autres citoyens. La foi est libre. Le vacarme, lui, ne devrait pas l’être.

Le ministère des Cultes sort-il enfin de sa sieste administrative ?

La déclaration d’Edgard Moukoumbi suscite des attentes, mais aussi une interrogation : pourquoi faut-il attendre que les dérives deviennent insupportables pour annoncer le grand ménage ? Le secteur religieux ne peut être laissé dans une zone grise où certains opérateurs s’installeraient, recruteraient des fidèles, organiseraient des collectes et multiplieraient les activités sans que les règles applicables soient clairement contrôlées. Le chantier est connu : vérifier la conformité des structures, sécuriser les lieux accueillant du public, faire respecter les règles d’urbanisme et de tranquillité publique, prévenir les abus financiers et traiter les infractions lorsqu’elles sont établies.

Mais le plus difficile commence maintenant. Car annoncer une réglementation est une chose ; la faire appliquer en est une autre. Il faudra éviter que les contrôles ne s’abattent uniquement sur les petites assemblées de quartier tandis que les organisations les plus puissantes continueraient à bénéficier d’une indulgence miraculeuse. La loi ne saurait être sévère avec les uns et charitable avec les autres au gré des influences. Les citoyens attendent des actes, pas une nouvelle saison de déclarations spectaculaires.

Chasse aux faux prophètes ou opération de communication ?

Le ministre devra également éviter un piège : confondre assainissement et persécution. Le Gabon n’a pas besoin d’un État qui distribue les bons points théologiques, mais d’institutions capables de faire respecter les lois sans s’immiscer arbitrairement dans les croyances. Un responsable religieux ne doit pas être inquiété parce qu’il prêche un message impopulaire ou appartient à une petite communauté. En revanche, aucune fonction spirituelle ne devrait protéger une personne contre les conséquences d’une escroquerie établie, d’un abus de confiance, d’une mise en danger ou d’une violation des règles applicables.

La nuance est essentielle. La réglementation doit reposer sur des critères publics, des procédures équitables, des contrôles impartiaux et des sanctions proportionnées. Elle devrait aussi permettre aux fidèles de signaler les abus sans crainte, d’obtenir des informations sur leurs droits et de comprendre comment les contributions financières sont utilisées. Le véritable assainissement ne consistera donc pas seulement à fermer des portes ou à faire baisser le volume des amplificateurs. Il faudra s’attaquer aux pratiques qui transforment la vulnérabilité sociale en clientèle captive. Et si le ministère veut véritablement marquer les esprits, il devra publier des résultats vérifiables : contrôles réalisés, infractions constatées, mises en conformité obtenues et sanctions légalement prononcées. Bref, des chiffres plutôt que des miracles administratifs.

Le vrai miracle serait que la loi s’applique à tous

Edgard Moukoumbi a lancé un avertissement. Les citoyens qui subissent les nuisances, les familles préoccupées par les dérives financières et les fidèles attachés à une religion sincère peuvent y voir une occasion de remettre de l’ordre dans la maison. Mais le ministre est désormais attendu au tournant. Si les contrôles sont rigoureux, transparents et équitables, l’opération pourrait contribuer à restaurer la confiance. S’ils sont sélectifs, improvisés ou sans lendemain, les prophètes du commerce religieux pourront reprendre leurs activités après une courte retraite stratégique.

Le Gabon n’a pas besoin d’interdire les miracles. Il a besoin que les promesses de miracles ne deviennent pas des instruments d’exploitation. Il n’a pas besoin de faire taire les croyants. Il a besoin que les croyants respectent aussi ceux qui ne partagent pas leur foi. Quant aux vendeurs d’illusions, ils feraient bien de méditer cette vérité toute terrestre : la détresse des pauvres n’est pas une marchandise et la crédulité des fidèles n’est pas un fonds de roulement.

En attendant, le Topinfosgabon garde un œil sur la basse-cour spirituelle. Car si le ministre réussit son opération, certains devront peut-être apprendre à vivre sans le miracle des recettes faciles. Et si, au bout du compte, la montagne administrative accouche d’une souris réglementaire, les haut-parleurs reprendront de plus belle. Alléluia… mais à volume réglementaire !

 

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