Politique

Lutte contre la corruption : le Gabon nouveau professeur de vertu ou la bonne blague !

La diplomatie possède un humour que même les meilleurs caricaturistes lui envieraient. Voilà donc le Gabon propulsé au rang d’État évaluateur de la lutte contre la corruption. Hier encore sur le banc des pays observés, aujourd’hui invité à distribuer les bons et les mauvais points. De quoi donner le vertige… ou le sourire. Le costume est prestigieux. Mais il est aussi terriblement exigeant. Car il ne suffit pas d’enfiler la robe du magistrat pour faire disparaître les fissures du palais de justice.

À New York, on salue les réformes. À Libreville, les citoyens, eux, attendent encore que les promesses prennent la forme de résultats. Entre les grandes déclarations, les commissions, les discours martiaux et les cérémonies officielles, une question continue de rôder dans les rues : la corruption recule-t-elle réellement ou change-t-elle simplement de décor ?

Voilà désormais le Gabon chargé d’expliquer aux autres comment renforcer leurs institutions, garantir la transparence des marchés publics, protéger les lanceurs d’alerte, assurer l’indépendance des organes de contrôle et faire respecter l’État de droit. Une noble mission. Mais la diplomatie internationale est une scène sans pitié : celui qui donne des leçons devient immédiatement l’objet d’un examen encore plus sévère.

Chaque conseil adressé à un autre État reviendra comme un boomerang. Chaque recommandation sera comparée aux pratiques nationales. Chaque discours sera confronté aux réalités du terrain. Et c’est précisément là que commence le véritable procès.

La corruption ne disparaît pas parce qu’on change de régime. Elle ne s’efface pas parce qu’on change les portraits dans les bureaux ministériels. Elle ne capitule pas devant les conférences de presse. Elle survit partout où l’impunité prospère, où les procédures traînent, où les institutions hésitent et où les citoyens perdent confiance.

En matière de droits de l’homme, la corruption est un prédateur silencieux. Elle vole l’école de l’enfant, le médicament du malade, l’eau potable du quartier oublié, la justice du plus faible et l’avenir d’une génération entière. Derrière chaque marché public opaque, ce sont des droits fondamentaux qui s’évaporent.

Le véritable scandale n’est donc pas que le Gabon devienne évaluateur. Le véritable risque serait que cette promotion diplomatique serve d’alibi à une autosatisfaction prématurée.

Un État ne devient pas exemplaire parce qu’il reçoit un titre. Il le devient lorsqu’il accepte que personne ne soit au-dessus de la loi, lorsque les institutions de contrôle disposent d’une indépendance réelle, lorsque les procédures judiciaires vont jusqu’à leur terme et lorsque la transparence cesse d’être un slogan pour devenir une règle.

Au fond, l’ONU vient de tendre un miroir au Gabon. Libreville peut y contempler une reconnaissance internationale. Les citoyens, eux, y cherchent encore le reflet d’une République où l’intégrité n’est plus une exception mais une norme. Le statut d’évaluateur est une distinction. L’exemplarité, elle, reste à conquérir.

Car l’histoire politique est cruelle : elle applaudit les réformes, mais elle ne retient que les résultats. Et lorsqu’un pays prétend corriger les copies des autres, il doit accepter que la sienne soit lue à haute voix.

 

 

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page