Politique

Oligui Nguema contre la République des Délestages : le plus féroce adversaire du Président siège-t-il à la SEEG ?

Au Gabon, l’opposition politique semble avoir trouvé plus efficace que les conférences de presse, les communiqués incendiaires ou les meetings de contestation : il suffit désormais d’éteindre la lumière. Pendant que le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, inaugure des routes, lance des chantiers, annonce des réformes et promet une amélioration des conditions de vie des populations, une autre institution semble poursuivre un objectif inverse : convaincre les Gabonais que rien ne fonctionne.

Chaque semaine apporte son lot de délestages. Chaque mois apporte son lot de pénuries. Chaque trimestre apporte son lot de scandales. Et à chaque fois, le même résultat : la colère populaire monte, les réseaux sociaux s’enflamment et l’image du pouvoir se retrouve directement exposée. La SEEG est ainsi devenue une étrange machine politique. Une machine qui ne produit pas suffisamment d’électricité mais qui produit en abondance du mécontentement social. L’entreprise ressemble aujourd’hui à un gigantesque accélérateur de frustrations nationales.

Lorsqu’un quartier reste plusieurs jours sans eau, ce n’est pas le directeur technique que les habitants maudissent. Lorsqu’une PME perd sa production à cause d’une coupure, ce n’est pas le chef de service qui est accusé. Lorsqu’un étudiant prépare ses examens à la bougie, ce n’est pas un responsable de maintenance qui est montré du doigt.

Dans l’esprit des populations, c’est toujours le Président qui paie la facture politique. Voilà pourquoi la crise de la SEEG est devenue beaucoup plus dangereuse qu’une simple panne industrielle. Elle est devenue une usine à discrédit. Une fabrique permanente de défiance. Une machine capable d’annuler en quelques heures les bénéfices politiques de plusieurs semaines d’efforts gouvernementaux. Le plus inquiétant est que les scandales s’empilent sans jamais réellement disparaître.

Fraudes présumées. Réseaux parallèles. Pertes financières massives. Sabotages dénoncés par les autorités. Infrastructures défaillantes. Enquêtes sans conclusions publiques visibles. Pendant ce temps, les populations attendent toujours des réponses. Dans n’importe quel pays normalement administré, une succession aussi spectaculaire de dysfonctionnements provoquerait un véritable séisme institutionnel.

Au Gabon, elle semble presque être devenue une routine. Comme si l’anormal était devenu la norme. Comme si l’obscurité était désormais intégrée au service public. Comme si certains avaient fini par considérer les délestages comme une politique publique à part entière. L’ironie est cruelle. Le Président Oligui Nguema est arrivé au pouvoir avec la promesse de restaurer l’autorité de l’État.

Or, chaque coupure d’électricité donne l’impression inverse. Chaque panne alimente le doute. Chaque délestage nourrit la colère. Chaque robinet à sec fragilise un peu plus la confiance. La véritable menace n’est peut-être même plus énergétique. Elle est sociale.

Car lorsqu’une population souffre durablement des mêmes problèmes sans voir d’amélioration concrète, elle finit par ne plus distinguer les responsables historiques des responsables actuels. Elle juge uniquement le résultat. Et le résultat, malheureusement, s’affiche chaque soir dans les quartiers plongés dans le noir.

La réforme profonde annoncée par le Chef de l’État apparaît aujourd’hui comme une nécessité absolue. Car tant que la SEEG continuera d’incarner dans l’imaginaire collectif les coupures, les scandales et les frustrations, elle restera le plus redoutable adversaire politique du pouvoir en place. Non pas parce qu’elle mènerait une bataille électorale.

Mais parce qu’aucune opposition ne peut rivaliser avec une entreprise capable de transformer quotidiennement les difficultés techniques en crise de confiance nationale. Au Gabon, certains partis distribuent des tracts. La SEEG distribue des délestages. Et, politiquement, leur impact est parfois bien plus dévastateur.

 

 

 

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page