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Mounguengui s’accroche au fauteuil présidentiel : autopsie du règne d’un autocrate

Il est des longévités qui inspirent le respect. D’autres qui interrogent. Celle de Pierre-Alain Mounguengui à la tête de la Fegafoot appartient résolument à la seconde catégorie. Car derrière cette stabilité apparente, c’est une instabilité structurelle qui s’est installée dans le football gabonais, comme une habitude devenue norme.

Une présidence à durée indéterminée… et à résultats déterminés : faibles

Dans les standards de la FIFA, la gouvernance d’une fédération repose sur trois piliers : performance sportive, transparence administrative et développement du football de base. Sur ces trois axes, le bilan interpelle. Sportivement, le Gabon, jadis locomotive régionale, peine à exister sur l’échiquier africain. Les clubs stagnent dans les compétitions continentales, les infrastructures restent précaires, et la formation des jeunes demeures largement insuffisante. Quant à l’équipe nationale, elle oscille entre espoirs intermittents et désillusions récurrentes.

Mais c’est surtout sur le terrain de la gouvernance que le bât blesse. L’actuel processus électoral, marqué par l’éviction de candidatures concurrentes, soulève de sérieuses interrogations sur la conformité aux principes de bonne gouvernance promus par la Confédération africaine de football. L’argument du respect des textes est brandi, mais dans les faits, il semble davantage servir de levier d’exclusion que de garantie d’équité. Une lecture sélective des statuts qui, pour de nombreux observateurs, traduit une volonté manifeste de verrouillage institutionnel.

Des scandales à répétition, une crédibilité en lambeaux

Le règne de Pierre-Alain Mounguengui n’a pas seulement été long : il a été jalonné de controverses. Affaires judiciaires, accusations de mauvaise gestion, promesses de retrait non tenues… autant d’éléments qui fragilisent la crédibilité de l’institution. Dans un environnement où la gouvernance du football mondial est de plus en plus scrutée notamment depuis les réformes post-crises de la FIFA a situation gabonaise donne le sentiment d’un système resté figé dans une autre époque, le paradoxe d’une fédération en quête de légitimité.

Plus troublant encore : une fédération dont la régularité administrative elle-même est questionnée, mais qui poursuit un processus électoral comme si de rien n’était. Une anomalie institutionnelle qui, dans n’importe quel cadre rigoureux, aurait conduit à une suspension ou à une normalisation. Ce décalage entre les exigences internationales et les pratiques locales alimente une crise de confiance profonde entre les acteurs du football et leurs dirigeants.

Une jeunesse sacrifiée sur l’autel du statu quo

Au-delà des querelles de personnes, c’est toute une génération qui paie le prix de cette inertie. Centres de formation délaissés, encadrement technique insuffisant, absence de vision stratégique : le football gabonais semble fonctionner sans cap clair. Comme le résument certains anciens internationaux, « ce n’est plus une gestion, c’est une survie organisée ».

À la manière d’un feuilleton dont le scénario ne change jamais, la Fegafoot offre aujourd’hui un spectacle prévisible : un seul candidat, des opposants neutralisés, et une institution qui donne l’impression de tourner en vase clos. Dans un registre que ne renierait pas le Canard Enchaîné, on pourrait titrer « Réélection sans élection : quand le football gabonais joue à huis clos ».

Et maintenant ?

La question n’est plus seulement de savoir si Pierre-Alain Mounguengui sera reconduit. Elle est de savoir si le football gabonais peut encore se réinventer sous une gouvernance qui semble avoir épuisé son crédit. À quinze jours du scrutin, une certitude s’impose : ce qui se joue dépasse une simple élection. C’est la crédibilité même du football gabonais et sa capacité à se conformer aux standards internationaux qui est en jeu.

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