Politique

Pierre-Matthieu Obame Etoughe et les nominations à polémiques : bienvenue dans la République du village

À Libreville, certains disent que l’Hôtel de Ville a changé de vocation. Hier maison commune des citoyens, il serait aujourd’hui devenu, à en croire les mauvaises langues, le plus grand centre de réunion familiale et politique de la capitale. Et à la tête de cette grande famille élargie : le maire Pierre-Matthieu Obame Etoughe. À peine quelques mois après son installation, l’édile de Libreville se retrouve en effet au cœur d’un débat aussi volumineux que… son cabinet.

Selon un arrêté municipal pris conformément aux dispositions de la loi organique n°001/2014 du 15 juin 2015 relative à la décentralisation, 186 collaborateurs ont officiellement été nommés au cabinet du maire central. Mais dans les couloirs de l’Hôtel de Ville, où l’on parle souvent plus franchement à la machine à café qu’en conseil municipal, certains évoquent un chiffre qui frôlerait plutôt les 300 personnes. Autrement dit, un cabinet municipal qui ressemble à s’y méprendre à un petit ministère… sans les résultats d’un grand ministère.

La politique du remerciement

Pour les observateurs les plus indulgents, il s’agit d’une équipe dynamique destinée à accompagner la nouvelle gouvernance municipale. Pour les plus critiques et ils sont nombreux il s’agirait plutôt d’une vaste opération de remerciement électoral.

Parents, amis, beaux-parents, cousins politiques, militants fidèles et compagnons de campagne : selon plusieurs sources internes, la mairie serait devenue un espace de récompense pour ceux qui ont porté l’actuel maire au pouvoir. Un ancien cadre municipal résume la situation avec un humour grinçant : « À Libreville, on ne parle plus de cabinet du maire… on parle de gouvernement familial élargi. »

Dans les rangs municipaux, certains conseillers n’hésitent plus à parler d’un “système de copains et de copines”, formule devenue classique dans les démocraties où la proximité politique remplace parfois le concours administratif.

Un cabinet plus gros que certaines administrations

Pour les spécialistes de la gouvernance publique, la question n’est pas seulement politique : elle est aussi structurelle. Avec près de 186 membres officiels et peut-être jusqu’à 300 selon certaines indiscrétions, le cabinet du maire de Libreville rivalise désormais avec celui de grandes capitales.

À titre de comparaison, le cabinet de la maire de Paris et de ses adjoints compte environ 145 collaborateurs, pour une ville de plus de deux millions d’habitants et un budget municipal autrement plus conséquent. À Libreville, la comparaison fait sourire… jaune.

Une armée de conseillers pour une ville très sale

Car pendant que les bureaux de l’Hôtel de Ville se remplissent de conseillers, chargés de mission, attachés spéciaux et experts autoproclamés, la ville elle-même reste confrontée à des réalités beaucoup moins bureaucratiques. Routes dégradées, insalubrité persistante, difficultés dans la gestion des déchets, voirie défaillante, inondations saisonnières : pour beaucoup de Librevilois, le vrai cabinet de crise devrait plutôt se trouver dans les quartiers que dans les bureaux climatisés de la mairie.

Un ancien syndicaliste municipal, aujourd’hui analyste des politiques locales, livre une lecture plus sévère de la situation : « La logique administrative voudrait qu’on renforce les services techniques, les agents de terrain, les équipes d’assainissement. Mais à Libreville, on semble avoir choisi l’inverse : multiplier les conseillers pendant que les balayeurs manquent de moyens. » Autrement dit, beaucoup de stratèges… mais peu de soldats sur le terrain.

Le paradoxe budgétaire

La polémique prend une dimension encore plus troublante lorsqu’on observe les arbitrages budgétaires de la municipalité.Alors que le budget global de la commune est estimé à près de 30 milliards de FCFA, les mairies d’arrondissements auraient vu leur enveloppe plafonnée à environ 70 millions de FCFA chacune.

Un contraste qui laisse perplexe plusieurs élus municipaux.

Car si les arrondissements sont les premiers à gérer les urgences quotidiennes des citoyens voirie, assainissement, proximité administrative leurs moyens semblent dérisoires face à la taille du cabinet central.

Une mairie ou une permanence politique ?

Dans ce contexte, certains analystes parlent d’une confusion dangereuse entre gestion municipale et gestion politique.Pour un ancien responsable syndical de la fonction publique territoriale : « Une mairie n’est pas une permanence électorale. Les nominations doivent répondre à des besoins administratifs réels, pas à une logique de redistribution politique. »

La question qui circule désormais dans les milieux administratifs est simple : Libreville a-t-elle besoin de 300 conseillers… ou de 300 agents pour nettoyer la ville ? La question qui fâche

Pour l’instant, la mairie n’a pas communiqué officiellement sur : la composition détaillée du cabinet, les critères précis de nomination, ni le coût réel de cette architecture administrative pour les finances publiques.

 

 

Dans une période où la transition politique gabonaise promet davantage de rigueur et de bonne gouvernance, certains observateurs estiment que la capitale devrait montrer l’exemple. Car en politique municipale, une règle simple s’impose toujours :

plus le cabinet est grand, plus la ville devrait être propre. À Libreville, pour l’instant, c’est surtout le cabinet qui semble avoir grandi.

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page