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Michel Régis Onanga Ndiaye : la fin des députés « béni-oui-oui »… vraiment ?

Il fallait oser. Et il l’a fait. Face aux lecteurs de L’Union, le président de l’Assemblée nationale a déclaré, la main presque sur le cœur institutionnel : « L’ère de la Chambre d’enregistrement est révolue. » Une phrase historique. Presque révolutionnaire. Tellement révolutionnaire qu’elle aurait mérité un instant de silence… pour laisser le temps à la réalité politique de reprendre son souffle.

Derrière cette proclamation digne d’un manuel de démocratie comparée, un détail — minuscule, presque invisible — dérange : l’Assemblée nationale est composée majoritairement de députés issus du même camp politique dont Michel Régis Onanga Ndiaye est lui-même vice-président. Autrement dit, le chef de la majorité explique désormais que la majorité va courageusement… s’opposer à elle-même.

Le miracle parlementaire gabonais

Dans la nouvelle version officielle, les députés ne seront plus des « béni-oui-oui ». Ils deviendront des contrôleurs impitoyables du gouvernement. Des esprits libres. Des rebelles institutionnels. On imagine déjà la scène : un ministre arrive confiant avec son projet de loi, la majorité parlementaire se transforme soudain en tribunal critique, les amendements pleuvent, et le gouvernement vacille.

Sauf que, jusqu’ici, l’hémicycle gabonais ressemblait davantage à une chorale bien réglée qu’à un champ de bataille démocratique. Les textes passaient avec une fluidité presque mystique, comme guidés par une force supérieure appelée « discipline politique ».

Et voilà qu’on demande aujourd’hui aux citoyens de croire à une métamorphose instantanée : les mêmes acteurs, les mêmes équilibres, mais un miracle démocratique.

Une interview pour rassurer… ou pour décorer ?

À lire attentivement l’entretien accordé à L’Union, certains observateurs y voient moins une déclaration institutionnelle qu’un exercice de cosmétique politique.

Objectif apparent : prouver que la Ve République fonctionne, que les institutions respirent et que la démocratie gabonaise a changé de logiciel. Mais la communication politique a ses limites : annoncer l’indépendance ne suffit pas à la créer.

Car la vraie question reste brutale : Comment une Assemblée dominée à près de 70 % par un même appareil politique pourrait-elle devenir soudain un contre-pouvoir redoutable ?

Dans toutes les démocraties du monde, le contrôle parlementaire naît du pluralisme réel, pas de la promesse morale.

Le Parlement version théâtre institutionnel

Le président promet des commissions fortes, un contrôle rigoureux, une transparence numérique. Très bien. Mais diffuser en direct un vote unanime ne transforme pas un consensus politique en débat démocratique. La caméra ne crée pas la contradiction ; elle la révèle ou expose son absence.

Pour l’instant, la promesse ressemble à une mise en scène parfaitement écrite : décor : la Ve République, scénario : la rupture démocratique, dialogue : « nous ne serons plus une Chambre d’enregistrement », suspense : inexistant.

Le vrai test : mordre la main politique

La politique n’est pas un discours, c’est un rapport de force. Le jour où l’Assemblée : rejettera un texte gouvernemental majeur, convoquera un ministre jusqu’à l’inconfort politique, ouvrira une enquête parlementaire sur un dossier sensible impliquant le pouvoir et alors seulement la phrase prendra du poids.

Sinon, elle restera ce que beaucoup soupçonnent déjà : une déclaration destinée à donner bonne impression, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, pour illustrer une démocratie proclamée plutôt que pratiquée.

La Ve République face au miroir

Le problème n’est pas la volonté affichée.Le problème, c’est la crédibilité. Car au Gabon, les citoyens ont appris une chose : les institutions changent parfois plus vite que les habitudes politiques.

Et lorsque le président de l’Assemblée affirme que l’époque des « béni-oui-oui » est terminée, une partie de l’opinion répond déjà avec un sourire fatigué : « Ce n’est pas parce qu’on annonce la fin du théâtre que les acteurs quittent la scène. »

La session parlementaire commence donc sous haute surveillance populaire. Non pas pour écouter les discours le pays en a entendu beaucoup mais pour observer enfin un Parlement capable de dire non.

Car en démocratie, le véritable contre-pouvoir ne se mesure pas aux promesses… mais au courage de contredire son propre camp.

 

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