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Affaire Epstein : le Gabon, futur dommage collatéral d’un scandale occidental ?

Il y a des noms qui sentent le soufre. Jeffrey Epstein en fait partie. Mais quand ce parfum toxique se mêle à celui des grands coffres bancaires, l’odeur devient irrespirable. Et lorsque les documents déclassifiés américains font apparaître le nom de la Standard Bank, pilier bancaire du continent africain et partenaire stratégique du Gabon, ce n’est plus une simple coïncidence : c’est un signal d’alarme.

Car dans le monde feutré de la finance internationale, on ne croise pas Epstein par hasard. On le rencontre quand les contrôles somnolent, quand les alertes sont étouffées, quand la morale est sacrifiée sur l’autel du profit.

La banque propre… dans un monde sale

Officiellement, tout va bien. Les communiqués sont propres, les slogans rassurants, la conformité affichée comme un étendard. Mais l’histoire financière récente regorge de banques « irréprochables » qui se sont révélées être de magnifiques machines à laver pas le linge, mais l’argent.

La question n’est donc pas de savoir si Standard Bank est coupable, mais jusqu’où elle a fermé les yeux. Et surtout qui, en interne, a jugé acceptable de côtoyer un homme déjà classé parmi les plus grands prédateurs financiers et sexuels de son époque. Dans ce milieu, l’ignorance n’est jamais une excuse : elle est souvent un choix stratégique.

Libreville : simple filiale ou variable d’ajustement ?

Au Gabon, Standard Bank ne vend pas du café. Elle finance le pétrole, les mines, les infrastructures, les grands projets publics. Elle est dans les tuyaux de l’économie nationale. Autrement dit, si le scandale enfle, Libreville ne sera pas spectatrice, mais figurante.

Car quand une maison mère vacille, ce sont toujours les filiales périphériques qui trinquent : audits brutaux, restrictions de liquidité, gel de correspondances bancaires, ralentissement des décaissements. En langage clair, ce sont les chantiers gabonais qui risquent de caler pendant que New York règle ses comptes. Régulateurs africains absents, distraits ou dépassés ? La question dérangeante : où sont les autorités de contrôle africaines dans ce grand cirque bancaire mondial ?

Pendant que les Américains déclassifient, enquêtent, poursuivent et exposent, nos régulateurs, eux, se contentent souvent de circulaires prudentes et de séminaires climatisés. Or la finance moderne ne se régule pas à coups de conférences PowerPoint. Si les flux suspects ont traversé les circuits africains, alors c’est tout le système de surveillance qui est à revoir. Et pas avec des discours avec des sanctions, des audits indépendants et des mises sous tutelle si nécessaire.

Le Gabon pourrait devenir victime collatérale d’un scandale fabriqué ailleurs, mais payé localement. Car les investisseurs, eux, ne font pas dans la nuance : ils fuient au moindre soupçon. Un simple doute peut faire grimper les taux, retarder les financements, refroidir les partenaires. Et pendant ce temps, ce sont les populations qui attendent les routes, les hôpitaux, les écoles et l’électricité promise. Quand la finance joue avec le feu, ce sont toujours les peuples qui se brûlent.

La grande lessive mondiale commence, l’Afrique doit sortir ses gants. L’affaire Epstein marque peut-être le début d’une nouvelle grande lessive bancaire mondiale. Après HSBC, Deutsche Bank, Credit Suisse, JP Morgan, voici que les projecteurs se tournent vers l’Afrique. Le message est clair plus aucune zone grise ne sera tolérée. Pour le Gabon, l’urgence est simple renforcer brutalement les mécanismes de contrôle, exiger la transparence totale des banques opérant sur son sol et refuser de servir de refuge discret aux dérives de la finance mondiale.

Quand l’argent se tait, la vérité finit toujours par hurler

Epstein est mort, mais ses circuits financiers, eux, continuent de parler. Ils murmurent les compromissions, exposent les complaisances et révèlent les lâchetés institutionnelles. La Standard Bank, comme d’autres avant elle, se retrouve désormais face à l’épreuve suprême : prouver qu’elle n’a pas seulement respecté la loi, mais aussi l’éthique.

Car dans un monde où l’argent circule plus vite que la justice, la seule vraie banque propre est celle qui accepte d’être brutalement transparente. Et au Gabon, une chose est sûre : le prochain scandale bancaire ne pardonnera aucune complaisance.

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