Résultats insuffisants, ministres incompétents : Oligui Nguema menace de remanier son gouvernement et de limoger dans l’administration publique
Le verbe est désormais tranchant, presque brutal. À l’approche de l’an I de sa prise de pouvoir, Brice Clotaire Oligui Nguema ne parle plus en bâtisseur rassurant, mais en chef acculé par l’urgence des résultats. Et pour cause : derrière les proclamations de refondation, la réalité rattrape la transition avec une froideur implacable. Le Conseil des ministres du 30 avril n’a pas été un simple exercice de communication. C’était un réquisitoire. Un aveu, à peine voilé, que la machine gouvernementale patine, que les promesses s’accumulent plus vite que les résultats, et que l’État, malgré les effets d’annonce, reste englué dans ses vieux démons.
Oui, des institutions ont été réinstallées. Oui, la crédibilité internationale a été partiellement restaurée. Mais sur le terrain ? Le quotidien des Gabonais ne suit pas. L’emploi demeure un mirage pour beaucoup, le pouvoir d’achat s’érode, et les réformes administratives ressemblent davantage à des slogans qu’à des transformations structurelles. La “refondation” vantée commence à sonner comme un mot creux ou pire, comme un alibi politique. Face à ce décalage criant, Brice Clotaire Oligui Nguema hausse le ton et exige une « pleine mobilisation ». Mais cette injonction pose une question dérangeante : que faisaient donc ses ministres jusqu’ici ? Et plus encore, qui les a choisis, sinon lui-même ?
Car la vérité, aussi inconfortable soit-elle, est là : on ne gouverne pas efficacement avec un appareil administratif gangrené par l’inertie et des élites politiques habituées à la rente. Et dénoncer aujourd’hui ce que l’on tolère ou que l’on n’a pas su briser hier, expose le pouvoir à une contradiction frontale. La menace de remaniement, brandie comme une épée de Damoclès, sonne presque comme un aveu d’échec collectif. Elle révèle un exécutif sous pression, contraint de durcir le ton faute de pouvoir démontrer des avancées tangibles. Car dans une transition, le temps politique est court, et la patience populaire encore plus.
Sur le front économique, même paradoxe. L’ambition d’un Gabon « attractif » et « offensif » est répétée avec insistance. Mais dans les faits, l’environnement des affaires reste miné par les lenteurs administratives, l’insécurité juridique et une bureaucratie souvent prédatrice. Relancer un Haut Conseil de l’Investissement ne suffira pas à masquer l’absence de réformes profondes. L’attractivité ne se décrète pas, elle se conquiert et souvent au prix de ruptures que le pouvoir hésite encore à assumer.
Mais c’est sur la question de l’éthique publique que le discours présidentiel devient le plus explosif. Corruption, concussion, pratiques illicites : le chef de l’État nomme enfin les maux. Mais là encore, le constat est ancien. Ce qui manque, ce n’est pas le diagnostic c’est le traitement. Et dans ce pays, l’histoire récente a montré que les grandes déclarations anticorruptions finissent trop souvent dans les tiroirs de l’oubli. En réalité, Brice Clotaire Oligui Nguema joue aujourd’hui une partie à haut risque. En durcissant le ton, il élève le niveau d’attente. En menaçant, il s’expose à devoir agir. Et en promettant des sanctions rapides, il n’aura plus le luxe de l’hésitation.
Car le peuple, lui, n’écoute plus seulement les discours. Il observe. Il compare. Il attend. Et si, dans les mois à venir, les résultats ne suivent pas, ce ne sont plus seulement les ministres qui seront jugés. Ce sera le système tout entier. Y compris celui qui prétendait le refonder. La transition entre ainsi dans sa phase la plus dangereuse : celle où le pouvoir n’est plus jugé sur ses intentions, mais sur ses preuves. Et à ce stade, la question n’est plus de savoir si le ton doit être ferme. Mais si l’autorité affichée est réellement capable de produire le changement promis.



