BILIE-BY-NZE : quand le temps judiciaire semble avoir pris des vacances prolongées
Plus de six mois derrière les barreaux, une audition qui se fait attendre, une confrontation encore à organiser et une décision toujours suspendue. Dans cette affaire, le temps judiciaire semble avoir pris des vacances prolongées. Pendant ce temps, les soupçons d'instrumentalisation politique s'invitent au débat. Simple lenteur procédurale ou embarrassante coïncidence entre justice et intérêts politiques ? Le dossier Bilie-By-Nze exige désormais autre chose que des explications à géométrie variable.
Il y a des procédures judiciaires qui avancent à la vitesse de la lumière. Et puis il y a celle d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, qui semble avoir choisi le rythme d’une tortue administrative en fin de carrière. Plus de six mois de détention pour parvenir à une audition au fond : voilà une performance dont la justice gabonaise se serait volontiers passée.
Le jeudi 5 novembre 2026, l’ancien Premier ministre a enfin été entendu par le juge d’instruction, assisté de Me Sarah-Onyane. « Tout s’est très bien passé », a indiqué son avocate. Tant mieux ! Mais il aura fallu six mois pour arriver à ce rendez-vous. Six mois pendant lesquels la liberté d’un ancien chef du gouvernement est restée suspendue à une procédure dont le calendrier soulève désormais de sérieuses interrogations. Six mois pour entendre un homme : la justice instruit-elle ou fait-elle durer le suspense ?
Car le véritable scandale, s’il devait y en avoir un, ne serait pas seulement dans les accusations portées contre l’ancien Premier ministre. Il pourrait aussi résider dans cette étrange lenteur qui entoure le traitement du dossier. Lorsqu’une personne est privée de liberté, chaque journée compte. Chaque acte d’instruction doit avoir une justification. Chaque prolongation doit reposer sur des motifs légaux et vérifiables. La détention provisoire n’est ni une punition préventive. Elle demeure une mesure exceptionnelle, strictement encadrée par la loi. Or, dans cette affaire, une interrogation s’impose : pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour procéder à une audition que la défense réclamait ?
LE DOSSIER AVANCE-T-IL AU RYTHME DU DROIT OU AU GRÉ DES INTÉRÊTS ?
Selon les déclarations de Me Sarah-Onyane, la défense avait adressé deux demandes au juge d’instruction, les 15 et 26 octobre 2026, afin que son client soit entendu. L’audition a finalement eu lieu le 5 novembre. Mais que s’est-il passé entre le 16 avril, date de l’incarcération annoncée, et ces démarches d’octobre ? Pourquoi cette étape essentielle de l’instruction n’est-elle intervenue qu’après plusieurs mois ?
Dans un dossier ordinaire, ces questions seraient déjà préoccupantes. Dans une affaire concernant un ancien Premier ministre, elles deviennent explosives sur le terrain de la confiance publique. Alain-Claude Bilie-By-Nze n’est pas un simple figurant de la vie politique gabonaise.Faut-il alors exclure l’hypothèse d’une pression politique, directe ou indirecte, derrière la lenteur de cette procédure ? Certainement pas sans examen. Mais faut-il l’affirmer comme une certitude ? Non plus, faute de preuves publiques.
C’est précisément là que réside le problème : lorsque la justice ne donne pas suffisamment de lisibilité à son calendrier, elle laisse le champ libre à ceux qui soupçonnent une justice sous influence. Qui aurait intérêt à maintenir un ancien Premier ministre dans une situation judiciaire aussi incertaine ? Son éloignement prolongé de la scène politique pourrait-il profiter à certains acteurs ? L’affaire judiciaire aurait-elle été contaminée par les rivalités politiques qui traversent les cercles du pouvoir ? Autant de questions auxquelles seule une instruction rigoureuse, transparente et conduite sans pression pourra répondre.
BABA RAMATOU, LA CONFRONTATION ATTENDUE : LE MOMENT DE VÉRITÉ
La prochaine étape annoncée est une confrontation entre Alain-Claude Bilie-By-Nze et Mme Baba Ramatou. C’est probablement l’un des moments les plus importants de cette instruction. Il faudra comparer les déclarations, confronter les versions, vérifier les contradictions éventuelles et rechercher les éléments matériels susceptibles de confirmer ou d’infirmer les accusations. Le principe du contradictoire ne doit pas être un simple slogan accroché aux murs du Palais de justice.
Mais là encore, une question dérange : pourquoi cette confrontation n’a-t-elle pas été organisée plus tôt, si elle constitue désormais une étape aussi déterminante ? La justice ne peut pas demander au citoyen de croire aveuglément à son impartialité tout en lui présentant un calendrier qui ressemble parfois à un exercice de patience forcée. La confrontation devra donc être conduite avec sérieux, sans mise en scène, sans pression et sans préjuger de la culpabilité de quiconque. Car les déclarations d’une partie ne constituent pas, à elles seules, une vérité judiciaire définitivement établie.
Le juge devra, à l’issue de l’instruction, décider d’un éventuel non-lieu ou d’un renvoi devant le tribunal correctionnel, selon les éléments du dossier et les critères légaux applicables. Mais attention : le non-lieu ne serait pas une faveur politique accordée à un ancien Premier ministre. Ce serait une décision judiciaire fondée sur l’insuffisance des charges. De même, un renvoi devant le tribunal ne constituerait pas une condamnation. Voilà ce que certains commentaires semblent oublier : la justice n’est pas un concours de popularité, encore moins une compétition entre soutiens et adversaires politiques.



