Crise : Ali Akbar Onanga menace de conduire le PDG à la disparition si Louembé persiste dans l’organisation d’un congrès
Le Parti Démocratique Gabonais joue sa survie les 27, 28 et 29 novembre prochains. Mais à vouloir aller trop vite, la direction de Blaise Louembé risque de sceller définitivement la fracture. Le bras de fer que l’on croyait sourd devient frontal. C’est désormais une guerre ouverte pour le contrôle du sigle.
Tout s’accélère depuis le 20 octobre. D’un côté, Ali Bongo Ondimba. Depuis Paris, l’ancien Président sort de son silence. Dans une adresse aux militants, il revendique être toujours le Président statutaire du PDG, reconduit au congrès de décembre 2022. Il affirme que sa déclaration de retrait politique du 18 septembre 2024 a été faite sous contrainte, alors que son épouse et son fils étaient détenus. « Aujourd’hui je suis libre, et ma parole aussi », lance-t-il. Il ne nomme jamais Oligui Nguema, mais vise ses anciens cadres partis à l’UDB. Il réclame un congrès inclusif et le rassemblement de la famille politique.
De l’autre, Blaise Louembé. 48 heures plus tard, le 22 octobre à Libreville, au siège du quartier Louis, il réunit le Conseil consultatif des Sages, le Bureau Politique et le Comité permanent. Il acte la feuille de route du 13e congrès ordinaire prévu du 27 au 29 novembre 2026. Comité d’organisation au plus tard le 27 octobre, Conseils provinciaux les 6, 7 et 8 novembre. La machine est lancée. La Secrétaire Générale Angélique Ngoma transforme les 75 recommandations du séminaire-atelier des 9-11 octobre en dispositif opérationnel.
Le PDG a donc deux têtes. Et deux calendriers. C’est dans ce contexte que s’inscrit la sortie d’Ali Akbar Onanga Y’Obegue, qui se revendique Secrétaire Général nommé par Ali Bongo en 2025. Sa formule est assassine et résume tout le blocage : « Un calendrier ne tient pas lieu d’accord ».
Pour lui, le congrès de Louembé ne saurait se tenir dans les conditions actuelles. Il dénonce une fuite en avant et une démarche unilatérale. Il appelle les militants à ne pas cautionner ce rendez-vous avant un dialogue entre les deux camps. « Un calendrier ne tient pas lieu d’accord », tranche-t-il. « La priorité aurait dû être la recherche d’un terrain d’entente entre les deux camps. Pour lui, on ne répond pas à un dialogue par une convocation. »
Son exigence est claire : Pas de congrès sans concertation préalable. Une position qui place le rendez-vous de novembre au cœur de la bataille pour le contrôle du parti. Il invoque l’article 64 de la loi n°016/2025 du 27 juin 2025 sur les partis politiques, qui prévoit des motifs de suspension d’un parti, dont le bicéphalisme et la prolongation anormale d’une scission. Le message est à peine voilé : la persistance de la crise interne fragilise davantage le PDG et pourrait justifier une intervention extérieure.
Au-delà de la passe d’armes, il y a un fait politique majeur qui est passé inaperçu. Dans sa dernière lettre, Onanga Y’Obegue opère un tournant sémantique crucial. Lui qui parlait jusqu’ici d' »usurpateurs » pour désigner l’équipe Louembé, parle désormais de « direction de fait ». « Reconnaître un interlocuteur ne signifie pas approuver tous ses actes. Accepter de discuter ne signifie pas abandonner ses convictions », précise-t-il.
C’est une porte ouverte. Il reconnaît pour la première fois que depuis 2024, des responsables administrent effectivement le parti, animent ses structures et prennent des décisions en son nom. C’est une main tendue pour un dialogue. Une main que la direction Louembé vient de refermer en annonçant un calendrier sans négociation.
Louembé veut légitimer sa direction par un congrès. Il parie que le terrain (les conseils provinciaux, les 900 emplois communautaires revendiqués, la structuration) lui donnera la légitimité que le droit lui conteste. Il veut transformer le fait en droit.
Le couple Bongo / Onanga veut imposer le droit avant le fait. Il parie que les textes (articles 8 et 89 des statuts du PDG) et la présidence statutaire de 2022 invalident le congrès extraordinaire du 30 janvier 2025 qui a porté Louembé et Ngoma au pouvoir. Pour eux, un congrès organisé par une direction contestée ne fera qu’enfermer davantage chaque camp dans sa propre légitimité.
En refusant le préalable du dialogue réclamé par Ali Bongo le 20 octobre et par Julien Nkoghe Bekale, la direction Louembé prend un risque immense : organiser un congrès qui ne rassemblera qu’une partie du parti, laissant l’autre partie contester sa validité devant les juridictions et devant le Ministère de l’Intérieur, au regard de la nouvelle loi sur les partis.
« Je ne suis pas contre le congrès. Je suis pour un congrès inclusif », dit Onanga. « Celui-ci devrait être l’aboutissement d’un accord et non un moyen d’imposer un fait accompli ».
Si le PDG va à ce congrès divisé, il risque d’en sortir avec deux récépissés, deux présidents, et zéro avenir.



