Pierre et Maryvonne Kombila, unis dans la vie, réunis dans la mémoire

Par Michel Ongoundou Loundah
Le 5 mai 2024 disparaissait Maryvonne Kombila, professeure agrégée de médecine, spécialiste de parasitologie et de mycologie. Française d’origine, elle avait consacré une grande partie de sa carrière à la recherche, à l’enseignement et à la formation des médecins gabonais.
Vingt-neuf mois plus tard, son époux, Pierre-André Kombila, la rejoignait dans l’Éternité. Premier cardiologue gabonais, professeur agrégé et fondateur du service de cardiologie de l’hôpital de Libreville, il fut également député, ministre, sénateur et figure historique de l’opposition. Il s’est éteint le 15 octobre 2026, à 85 ans.
Ces deux universitaires ont laissé une empreinte durable sur l’enseignement médical gabonais. Leur disparition invite aujourd’hui à réfléchir à la place que notre pays entend leur réserver dans sa mémoire.
Je propose que l’Université des Sciences de la Santé d’Owendo soit officiellement rebaptisée Université Pierre et Maryvonne Kombila.
Il est des noms que l’on donne à une institution pour honorer leurs titulaires. D’autres s’imposent par la force d’une œuvre accomplie. Les époux Kombila ont acquis, par leur travail, leur savoir et leur contribution à la médecine gabonaise, toute la légitimité pour donner leur nom à cette université.
Et leur héritage dépasse de très loin les amphithéâtres universitaires et les services hospitaliers.
Dans un pays de la taille du Gabon, je me demande combien de familles pourraient affirmer n’avoir jamais bénéficié, directement ou indirectement, de la science et du dévouement de Pierre-André et Maryvonne Kombila. Combien de Gabonais ont été leurs patients ? Combien ont vu un père, une mère, un enfant ou un proche recevoir leurs soins ? Et combien d’autres ont été soignés, parfois sans même le savoir, par des médecins qu’ils avaient eux-mêmes formés ?
À travers les générations de praticiens passées entre leurs mains, c’est une part considérable de la population gabonaise que leur savoir a pu atteindre. Leur œuvre se prolonge chaque jour dans nos hôpitaux, nos dispensaires et nos cabinets médicaux, à travers les gestes, les diagnostics et les soins de ceux auxquels ils ont transmis leurs connaissances.
Donner leurs noms à cette université serait, pour la République gabonaise, une manière de témoigner sa reconnaissance à deux êtres qui ont consacré leur vie à soigner, à enseigner et à transmettre leur savoir.
Leur histoire personnelle porte aussi un magnifique message. Ils s’étaient rencontrés sur les bancs de la faculté de médecine de Rennes. Lui, Gabonais. Elle, Française. Deux cultures réunies par l’amour et une même vocation scientifique, avant de consacrer ensemble une grande partie de leur existence au Gabon. Leur parcours rappelle que le savoir n’a ni couleur ni passeport.
Le rapprochement avec Pierre et Marie Curie vient naturellement à l’esprit. Les époques, les œuvres et les contributions scientifiques sont différentes. Mais l’histoire de ces deux couples rappelle qu’une vocation partagée peut laisser une mémoire commune, capable de traverser les générations.
Il appartient désormais aux autorités gabonaises de donner à cette proposition une traduction institutionnelle. Une décision officielle attribuant à l’Université des Sciences de la Santé le nom de Pierre et Maryvonne Kombila inscrirait durablement leur héritage dans le patrimoine universitaire national. Ce serait une reconnaissance à la hauteur de leur contribution à la médecine, à la recherche et à la formation de notre élite médicale.
La mort les a réunis dans l’Éternité. Que la République les réunisse désormais dans sa mémoire, en gravant leurs deux noms au fronton de cette université.



