Eddy Narcisse Minang : quand la révocation ne passe pas, le dossier monte au Conseil d’État
L’ancien procureur général ne semble pas avoir digéré la décision du CMS. Selon des proches, il conteste fermement la sanction et entend désormais faire parler le droit devant le Conseil d’État. Après le glaive disciplinaire, place au scalpel du juge administratif.
Il y a des décisions qui passent comme une lettre à la poste. Et puis il y a celles qui déclenchent immédiatement une contre-offensive. La révocation d’Eddy Narcisse Minang appartient manifestement à la deuxième catégorie.
Selon des proches de l’ancien procureur général près la Cour d’appel de Libreville, celui-ci n’accepterait pas la décision prise à son encontre par les instances disciplinaires de la magistrature. Et, visiblement, il n’aurait aucune intention de transformer sa révocation en épilogue silencieux. Le 2 octobre 2026, il s’est donc présenté au Conseil d’État pour déposer un recours contentieux. Traduction libre : le dossier n’est pas enterré, il change simplement de tribunal.
Le CMS a tranché. Minang, lui, conteste.
La décision disciplinaire semblait pourtant devoir refermer le chapitre. Suspension, procédure disciplinaire, décisions n°013 et n°014 du 25 août, puis révocation : le scénario paraissait écrit. Sauf que le principal intéressé n’aurait manifestement pas reçu le scénario. Selon son entourage, Eddy Narcisse Minang conteste la décision et entend faire examiner les conditions dans lesquelles elle a été prise. Et c’est là que l’affaire devient juridiquement intéressante.
Car une sanction administrative peut être sévère, spectaculaire, politiquement commentée et même applaudie ou critiquée. Elle n’en demeure pas moins soumise au droit. Le juge administratif, lui, n’aura pas à applaudir ni à siffler. Il devra regarder les pièces. Et les pièces, en matière contentieuse, ont parfois cette fâcheuse manie de parler plus fort que les communiqués.
Le recours : le dernier acte d’un magistrat qui refuse de disparaître
Eddy Narcisse Minang ne semble donc pas vouloir quitter la scène judiciaire par la petite porte. Après avoir dirigé le parquet général de Libreville, le magistrat se retrouve désormais lui-même placé au centre d’une procédure dont il conteste les conséquences. Ironie de l’histoire judiciaire : celui qui poursuivait hier se retrouve aujourd’hui poursuivi par une décision qu’il entend faire poursuivre devant le juge. Le recours déposé devant le Conseil d’État ouvre ainsi une nouvelle séquence. Et cette fois, le débat ne sera plus seulement disciplinaire. Il sera question de légalité.
La grande question : a-t-on respecté les règles avant de sanctionner ? C’est ici que le dossier devient explosif. L’ancien procureur général soutiendrait que plusieurs garanties prévues par le Statut des magistrats n’auraient pas été respectées dans le déroulement de la procédure.
Demande préalable d’explications, notification des griefs, communication du dossier, convocation devant le Conseil de discipline : autant de points qui pourraient être examinés par le juge. Attention cependant : il s’agit à ce stade des moyens avancés par le requérant et non d’irrégularités judiciairement établies.
Mais si ces arguments sont confirmés par les pièces du dossier, ils pourraient peser lourd. Car l’administration peut sanctionner. Elle doit même parfois sanctionner. Mais elle ne peut pas, en principe, considérer les garanties procédurales comme de simples accessoires décoratifs. Le droit disciplinaire n’est pas un buffet où l’on choisit uniquement les règles qui arrangent.
La révocation ne suffit pas : encore faut-il pouvoir la défendre devant le juge
C’est probablement le point le plus important de cette affaire. Le débat public peut rapidement se résumer à une question simpliste : « Minang est-il coupable ou innocent ? » Le Conseil d’État pourrait poser des questions autrement plus techniques : Quels faits précis lui sont reprochés ? Ces faits sont-ils matériellement établis ? Ont-ils été correctement qualifiés sur le plan disciplinaire ? La procédure a-t-elle été régulière ? Les droits de la défense ont-ils été respectés ? La sanction prononcée est-elle juridiquement fondée ? Voilà le genre de questions qui font beaucoup moins de bruit dans la rue, mais beaucoup plus de dégâts dans un dossier administratif.
Parmi les éléments contestés figure notamment le dossier impliquant Marius Issa Nkori, directeur général de la Caisse des dépôts et consignations. La décision n°013 reprocherait à Eddy Narcisse Minang d’avoir « détourné l’action publique à des fins d’exécution civile ».
L’ancien procureur général contesterait cette qualification et ferait notamment valoir que le responsable de la CDC n’aurait pas été formellement convoqué et que la plainte à l’origine du dossier aurait finalement été classée sans suite.
Si ces éléments sont effectivement versés au dossier contentieux, le Conseil d’État devra apprécier leur portée. Et c’est là que la machine judiciaire devient intéressante un fait qui paraît évident dans le débat public peut devenir beaucoup moins évident lorsqu’il faut le démontrer juridiquement, pièce contre pièce. Et les affaires HPO et Bilie-By-Nze ? Circulez, il n’y aurait rien à voir ?
Autre élément à clarifier : contrairement à certaines interprétations ou commentaires apparus dans l’espace public, les dossiers dits « HPO » ou « Alain-Claude Bilie-By-Nze » ne figureraient pas parmi les griefs officiellement retenus dans les décisions disciplinaires contestées. Voilà une précision qui devrait inciter à calmer quelques enthousiasmes.
Dans les affaires judiciaires, il existe souvent deux dossiers, celui qui se trouve dans les documents officiels et celui qui se promène dans les conversations, les réseaux sociaux et les cafés du pays. Le premier intéresse le juge. Le second intéresse surtout les commentateurs. Et le Conseil d’État risque de rappeler à tout le monde que le droit administratif ne fonctionne pas au bruit des rumeurs.
La revanche du droit sur le feuilleton
Ce recours pourrait finalement produire un effet inattendu. Il oblige toutes les parties à revenir au dossier. Finies les interprétations approximatives. Finis les procès médiatiques. Finies les condamnations par anticipation.
Il faudra produire des actes, des dates, des notifications, des convocations, des procès-verbaux et des motivations. Bref : il faudra démontrer. Et dans un contentieux administratif, démontrer vaut généralement mieux que proclamer.
Minang ne demande pas au Conseil d’État de lui rendre son ancien fauteuil
L’enjeu du recours est d’abord juridique. L’ancien procureur général demande au juge administratif d’examiner la légalité des mesures prises contre lui. Il ne s’agit donc pas, à ce stade, de considérer que le recours équivaut à une victoire. Encore moins à une annulation. Le simple dépôt d’un recours ne fait pas disparaître une décision administrative.
Mais il produit quelque chose de beaucoup plus important : il oblige désormais l’administration à défendre juridiquement ses propres décisions. Et c’est précisément là que le dossier peut devenir embarrassant. Car une décision qui paraît solide lorsqu’elle est annoncée publiquement doit également être capable de résister lorsqu’un magistrat la démonte ligne par ligne devant le juge.
Le paradoxe Minang
Il y a finalement quelque chose d’assez ironique dans cette affaire. Un procureur général, habitué aux audiences, aux procédures, aux réquisitions et aux mécanismes de l’institution judiciaire, se retrouve aujourd’hui de l’autre côté de la barre.
Il connaît les armes du droit. Il connaît probablement aussi leurs failles. Et il vient de décider de s’en servir. Ses proches assurent qu’il n’accepte pas la décision du CMS. Son recours devant le Conseil d’État semble confirmer, au minimum, une chose : il n’a pas l’intention de considérer sa révocation comme le dernier mot de l’histoire.
Le CMS a parlé. Le Conseil d’État aura le dernier mot… sur la légalité
Il faudra donc désormais éviter deux excès. Le premier consisterait à présenter Eddy Narcisse Minang comme définitivement blanchi simplement parce qu’il a saisi le Conseil d’État. Le second reviendrait à considérer sa révocation comme juridiquement incontestable parce qu’une instance disciplinaire l’a prononcée. Entre les deux se trouve le droit. Et c’est précisément là que le contentieux vient de s’installer. Le CMS a rendu sa décision. Minang l’a contestée.
Le Conseil d’État doit désormais examiner le dossier. Le feuilleton change donc de décor. Après les sanctions, voici venu le temps des pièces. Après les accusations, celui des preuves. Après le disciplinaire, celui du contrôle de légalité. Et dans cette nouvelle manche, il n’y aura ni applaudissements ni sifflets dans la salle d’audience. Seulement une question, froide, implacable et terriblement administrative : La décision était-elle seulement sévère… ou était-elle juridiquement irréprochable ? Le Conseil d’État devra trancher.



