« La Gabonaise des Eaux » et « Électricité du Gabon » : le Conseil des ministres acte la scission de la SEEG en deux sociétés distinctes
Le Conseil des ministres du jeudi 25 juin 2026 a acté la scission de la SEEG en deux sociétés distinctes : « La Gabonaise des Eaux » et « Électricité du Gabon ». Une réforme majeure voulue par le président Oligui Nguema pour améliorer la performance des services publics.

C’est la fin d’un monopole historique. Réuni hier sous la présidence de Brice Clotaire Oligui Nguema, le Conseil des ministres a adopté une « avalanche de textes », dont celui qui scinde la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon, SEEG, en deux entités séparées. Désormais, la gestion de l’eau sera confiée à « La Gabonaise des Eaux », tandis que la production et la distribution d’électricité reviendront à « Électricité du Gabon ».
Un géant devenu ingérable
Créée en 1963, la SEEG gérait à la fois l’eau et l’électricité sur tout le territoire. Un modèle intégré qui a montré ses limites. Le constat est sévère : délestages chroniques à Libreville et Port-Gentil, pénuries d’eau récurrentes dans les quartiers, délais d’intervention jugés trop longs.
Le pari du gouvernement : en séparant les métiers, on clarifie les responsabilités, on spécialise les équipes et on facilite l’entrée de partenaires techniques. L’eau et l’électricité n’ont ni les mêmes cycles d’investissement, ni les mêmes contraintes d’exploitation. Les mélanger a freiné les performances des deux.
Le président Oligui Nguema n’a pas attendu. Lors du même Conseil, il a rappelé au gouvernement « les exigences concrètes » de son discours sur l’état de la Nation devant le Parlement réuni en Congrès. Traduction : la transition ne veut plus de réformes cosmétiques. Sur l’eau et l’électricité, les Gabonais jugent le pouvoir sur des faits : le robinet coule-t-il ? La lumière reste-t-elle allumée ?
La scission de la SEEG devient donc un test de crédibilité. C’est la première grande réforme structurelle du secteur depuis la fin de la concession Veolia en 2018. L’échec n’est pas permis.
L’argument économique : attirer les investissements secteur par secteur
En créant deux sociétés, l’État ouvre la porte à des schémas différents. « La Gabonaise des Eaux » pourra nouer des partenariats sur le traitement et la distribution, où les besoins en canalisations et en stations sont immenses. « Électricité du Gabon » pourra, elle, lancer des appels d’offres pour de nouvelles centrales, du solaire ou de l’hydroélectricité.
L’avantage : un investisseur intéressé par l’hydraulique n’est pas obligé de gérer aussi les forages d’eau. Chaque société aura son bilan, sa dette, sa stratégie. C’est plus lisible pour les bailleurs et les partenaires privés.
Le risque : dédoubler les structures, c’est aussi dédoubler les coûts fixes. Siège, directions, fonctions support. Le gouvernement devra prouver que les gains d’efficacité compensent largement ces surcoûts.
Quel impact pour les usagers et les agents ?
Deux questions brûlent les lèvres. Pour les usagers : y aura-t-il deux factures ? Deux compteurs ? Le gouvernement devra clarifier vite pour éviter la confusion. Pour les 1 600 agents de la SEEG : quel sera le plan de répartition ? Quels statuts, quelles garanties ?
La réussite de la scission se jouera autant dans les tuyaux et les câbles que dans le dialogue social. Un front social ouvert plomberait la réforme avant même sa mise en œuvre. En clair : avec cette scission, le Gabon tourne la page de 60 ans de monopole intégré. C’est un pari audacieux pour moderniser deux services vitaux. Mais entre l’adoption des textes et le robinet qui coule H24, il y a un gouffre opérationnel à combler. Les Gabonais jugeront sur pièces.



