Société

Paiement des rappels aux fonctionnaires : quand la Solde rame à contre -courant de la « bonne intention » du président de la République

L’opération de paiement aux fonctionnaires des rappels calculés en octobre 2024 estimés à près de 105 milliards de FCFA a connu son épilogue avec le paiement de « la troisième tranche », « la dernière », non sans laisser sur le bord de la route de nombreux fonctionnaires mécontents pourtant éligibles.

L’annonce du paiement des rappels aux agents publics par les autorités de la transition avait suscité beaucoup d’espoir après plusieurs années d’attente. Pour rappel, avant cette annonce, le dernier paiement date de 2013 sous le Gouvernement de l’ancien Premier ministre, Raymond Ndong Sima. Cette opération avait concerné « [près] de 50 000 fonctionnaires […]. Les syndicats menaçaient de bloquer le pays si ces rappels n’étaient pas payés. Tous les fonctionnaires n’ont cependant pas pu toucher les sommes prévues », selon le site de RFI dans sa publication du 1er janvier 2014. Toujours selon RFI, s’exprimant sur cette opération, Raymond Ndong Sima avait indiqué : « [nous] avons organisé les paiements pour qu’ils correspondent à l’échéance que nous nous étions fixés. Je suis content que nous ayons pu tenir parole et que les gens, aujourd’hui, se retrouvent en possession de leur argent ».

Plusieurs années après, il a fallu attendre la prise du pouvoir par les militaires pour voir pareille opération se faire à nouveau dans un pays où le détournement des deniers publics par certains personnes aux responsabilités se chiffre en milliards. Malheureusement, au terme du paiement de « la troisième tranche », c’est la douche froide pour de nombreux agents publics pourtant éligibles. Allons-y droit au but, selon un agent du ministère de l’Education nationale qui s’est confié à notre rédaction et qui a requis l’anonymat, « [j’ai  ]mon rappel d’intégration qui est  calculé depuis plus de 10 ans. Il est visible en machine au sein des services de la Solde et du Trésor.  Des trois tranches, je n’ai rien reçu. C’est la déception. Des informations que j’ai recueillies, il semblerait que c’est parce que le dossier physique n’existerait pas ». Question : si les services de la Solde ont calculé le rappel de ce fonctionnaire, c’est parce que ce dernier avait fourni un dossier physique. Comment dire aujourd’hui que son dossier serait porté disparu pour justifier la non prise en compte de cet agent dans les trois phases de paiement ?

Les services de la Solde et le sabotage de la « bonne intention » du président de la République

Dès le paiement de la première tranche des rappels aux agents publics en décembre 2024, l’on a observé des vagues de contestation. Au centre de cette grogne, les services de la Solde ont été pointés du doigt eu égard à une gestion controversée du processus. Entre ceux qui ont été oubliés dès le début, ceux qui ont été pris en compte au début puis, abandonnés dans la poursuite de l’opération et ceux qui ont été intégrés alors qu’ils n’étaient pas éligibles dès le début, seule la Solde connait et maitrise son modus operendi. Au terme du paiement de « la troisième tranche », les plaintes sont nombreuses. Le cas de cet agent du ministère de l’Education nationale peut être cité à l’envi. Il faut le dire, telle que la Solde a géré cette opération, il y a eu une volonté de sabotage de la « bonne intention » du président de la République.

Un dossier physique pour bénéficier d’un rappel : vrai débat ou fuite en avant des services de la Solde ?

D’emblée, disons -le, pour constituer par exemple son dossier de rappel d’intégration, un agent public doit fournir :  une attestation de non -logement, une attestation de non -transport, une attestation de perception de pré- salaire, la première prise de service, le texte d’intégration, l’attestation de recrutement, etc. Cette démarche a été confirmée par Pierre Mintsa « syndicaliste » dans une emission organisée sur la chaine de télévision nationale dont il a été le seul invité. Seulement voilà, à l’épreuve des faits, cette démarche semble perdre en crédibilité. En effet, sous Raymond Ndong Sima en 2013, plusieurs agents publics ont perçu leurs rappels sans avoir déposés un dossier. Les services de la solde ont tenu compte des informations administratives de ces derniers pour procéder au paiement desdits rappels. Lorsque la Solde se borne à dire que si certains agents publics ayant des rappels calculés mais qui n’ont pas été pris en compte dès le début de cette opération parce que leurs dossiers physiques seraient absents, il s’agit in fine d’un faux débat et d’une volonté de manipuler l’opinion publique et de tromper le Président de la République. L’administration a tous les éléments concernant la situation administrative de chaque agent public. Cette assertion est corroborée par un agent du Trésor public qui a requis l’anonymat qui s’est confié à notre rédaction. Selon ce dernier, « [les] services concernés disposent de toutes les informations. C’est juste une fuite en avant de dire à ceux qui ont les rappels calculés non payés au terme de la troisième tranche que la cause principale serait l’absence des dossiers physiques         . En réalité, les véritables raisons sont ailleurs ».

Que dire de tous ceux qui ont des rappels calculés non payés qui ont à nouveau déposés des dossiers auprès des services de la Solde mais qui n’ont rien reçu ?

Pour sûr, malgré sa volonté de trouver des solutions aux préoccupations légitimes des agents publics, le Président de la République a fait face aux nombreuses contradictions des services de la Solde qui ont navigué à rebours de son initiative. Les faits l’attestent aisément.  Pour redonner espoir à ces nombreux fonctionnaires lésés, le renseignement étant une aide à la décision dans tous les pays du monde, que le Président de la République demande aux services compétents de mener des enquêtes afin que ceux qui ont saboté son action dans le paiement des rappels soient sanctionnés. En même temps, qu’un audit soit réalisé y compris l’ouverture de la phase des réclamations. Au nom de la justice sociale, qu’il programme d’autres opérations de paiement afin que les personnes éligibles écartées de la liste des bénéficiaires aient gain de cause. Dans le cas contraire, ces personnes s’en souviendront à la prochaine élection présidentielle.

 

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