Société

Francis Kondjié contre l’aube : pourquoi choisir la HAC quand le droit de réponse existe ?

Quand une simple contestation devient une affaire, de régulation. Dans une démocratie, lorsqu’un citoyen estime qu’un journal a publié une information inexacte à son sujet, la réaction la plus naturelle consiste généralement à demander un droit de réponse. Quelques lignes, une mise au point, une rectification éventuelle et chacun retourne à ses occupations. Mais au Gabon, les choses semblent parfois emprunter des chemins plus sinueux.

À peine cité dans un article consacré aux turbulences supposées au sein de la Grande Loge du Gabon, Francis Kondjié a choisi de saisir directement la Haute Autorité de la Communication contre le journal L’Aube. Une question mérite alors d’être posée.

Pourquoi ne pas avoir tout simplement exercé son droit de réponse ? Pourquoi ne pas avoir adressé une correspondance au journal pour démentir publiquement son appartenance supposée ou son intérêt présumé pour la succession de Jacques Denis Tsanga ? Pourquoi privilégier immédiatement la voie contentieuse plutôt que le débat contradictoire ?

Ces interrogations sont d’autant plus légitimes que le droit de réponse constitue précisément l’un des mécanismes fondamentaux du pluralisme de l’information. Il permet à une personne mise en cause d’apporter sa version des faits sans engager immédiatement une procédure susceptible d’exercer une pression sur l’organe de presse concerné. L’affaire devient alors intéressante.

Car au fond, que reproche-t-on exactement à L’Aube ? D’avoir évoqué une crise au sein d’une organisation influente ?D’avoir spéculé sur les scénarios de succession possibles ?Ou d’avoir cité un nom qui n’aurait jamais dû se retrouver dans la lumière médiatique ?C’est là que le débat prend une dimension plus politique que journalistique.

Depuis des décennies, la franc-maçonnerie gabonaise est entourée d’un mélange de fascination, de rumeurs, de fantasmes et de silence. Beaucoup parlent de son influence. Peu acceptent d’en discuter ouvertement. Et lorsque la presse tente de lever un coin du voile, les réactions deviennent parfois plus virulentes que les révélations elles-mêmes. L’Aube devra certainement démontrer la solidité de ses informations devant la HAC. C’est la règle dans tout État de droit.

Mais de son côté, le plaignant devra aussi convaincre l’opinion que la procédure engagée n’avait pas pour objectif de transformer une simple controverse journalistique en affaire institutionnelle. Car une question demeure suspendue au-dessus de ce dossier.

Si l’information publiée était fausse, un droit de réponse n’aurait-il pas suffi à la corriger publiquement ? Et si ce n’est pas l’exactitude de l’information qui dérange, alors qu’est-ce qui dérange réellement ? À mesure que l’audition approche, l’affaire ressemble de moins en moins à un simple différend entre un citoyen et un journal.

Elle devient le symbole d’une vieille tentation gabonaise : celle qui consiste à répondre à une publication gênante non pas par davantage d’informations, mais par la convocation du messager. Or dans toute démocratie mature, la presse n’a pas vocation à être confortable. Elle a vocation à déranger, à questionner et parfois à révéler ce que certains auraient préféré voir rester dans l’ombre.

Le reste appartient désormais à la HAC. Mais une chose est déjà certaine : cette procédure offre à l’article de L’Aube une publicité qu’aucune campagne de communication n’aurait pu lui offrir.

 

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