Société

SEEG : le sabotage, cette vieille bouée de sauvetage quand tout va mal

Au Gabon, lorsqu’un service public s’effondre, il existe une règle presque aussi fiable que le lever du soleil : avant même que les experts n’aient terminé leur travail, un mystérieux saboteur apparaît toujours dans le paysage. Cette fois-ci, c’est la SEEG qui nous offre le spectacle.

Pendant plus de quatre jours, le système EDAN s’est transformé en monument national de l’immobilisme technologique. Des milliers de Gabonais ont cherché désespérément à acheter leurs unités d’électricité pendant que les écrans répondaient par le silence, l’erreur ou l’indisponibilité. Quatre jours. Quatre jours durant lesquels une entreprise censée gérer l’un des services les plus stratégiques du pays a donné l’impression d’assister, impuissante, à sa propre paralysie.

Et comme dans tout mauvais film catastrophe administratif, le scénario du sabotage est rapidement arrivé sur la table. Car dans certains milieux, il semble plus facile de croire à l’existence d’un génie maléfique capable de terrasser tout un système national que d’admettre l’hypothèse beaucoup plus banale d’une défaillance organisationnelle, d’un défaut d’anticipation ou d’une gouvernance technologique défaillante.

La véritable question n’est pourtant pas de savoir si quelqu’un a tenté de nuire au système. La véritable question est la suivante : comment un système aussi vital a-t-il pu devenir aussi fragile ?Comment une infrastructure censée alimenter des milliers de foyers peut-elle s’effondrer comme un château de cartes numérique ? Comment une panne peut-elle survivre plus longtemps qu’un week-end prolongé sans qu’aucune solution de secours crédible ne soit visible ? Les citoyens n’ont pas assisté à une démonstration de résilience technologique. Ils ont assisté à une démonstration grandeur nature de vulnérabilité.

Les auditions des agents de la DSI donnent d’ailleurs l’impression d’une administration qui cherche frénétiquement des réponses après avoir perdu le contrôle du récit. Ceux qui étaient hier techniciens deviennent aujourd’hui témoins d’une catastrophe dont personne ne semble capable d’expliquer clairement les mécanismes. Pendant ce temps, les abonnés découvrent une vérité inquiétante : il suffit apparemment d’un incident pour mettre à genoux un dispositif national présenté depuis des années comme moderne et performant.

Plus grave encore, cette affaire expose un mal profond qui ronge de nombreuses structures publiques et parapubliques : l’obsession de trouver un coupable avant de comprendre le problème. On cherche le visage du responsable alors que l’on devrait examiner l’état du système. On désigne des suspects pendant que les citoyens attendent des explications. On communique sur le sabotage alors que la population voudrait entendre parler de prévention, de redondance, de sauvegarde et de continuité de service.

Car au fond, la panne EDAN n’est pas seulement une panne informatique. C’est une panne de confiance. Une panne de crédibilité. Une panne de gouvernance. Et cette panne-là risque d’être beaucoup plus longue à réparer que les serveurs eux-mêmes.

L’enquête finira peut-être par révéler une intrusion, une erreur technique ou une combinaison de plusieurs facteurs. Mais une certitude demeure déjà : lorsqu’un système stratégique disparaît des écrans pendant quatre jours, le véritable scandale n’est pas seulement ce qui l’a fait tomber.

Le véritable scandale est qu’il ait été si facile à faire tomber. Et cela, aucun saboteur réel ou imaginaire ne pourra l’expliquer à la place de ceux qui avaient la responsabilité d’assurer sa solidité.

 

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page