Brice Clotaire Oligui Nguema : le piège porte son nom de famille

Les présidents africains craignent souvent les opposants. Ils redoutent les manifestations, les crises économiques et les complots réels ou imaginaires. Pourtant, l’histoire est cruelle : les plus grandes défaites politiques ne viennent pas toujours de l’extérieur. Elles naissent souvent dans le salon. Elles grandissent autour de la table familiale. Elles prospèrent dans les couloirs où circulent les cousins, les frères, les amis, les obligés et les courtisans.
Trois ans après avoir promis la rupture avec les pratiques du passé, le président Brice Clotaire Oligui Nguema se retrouve confronté à une menace que tous les chefs d’État connaissent mais que peu osent affronter : celle de son propre entourage.
Au Gabon, une étrange musique commence à se faire entendre. Chaque fois que le pouvoir tente de parler de rigueur, une affaire éclate. Chaque fois que le pouvoir parle d’exemplarité, une polémique surgit. Chaque fois que le pouvoir évoque la moralisation de la vie publique, les regards se tournent vers ceux qui gravitent autour du palais. Le phénomène est si récurrent qu’il finit par ressembler à une malédiction politique.
Pendant que le président promet de reconstruire l’État, certains membres du premier cercle donnent l’impression de reconstruire les privilèges. Pendant que le chef de l’État appelle au sacrifice, certains semblent surtout préoccupés par les avantages du pouvoir. Pendant que les Gabonais attendent des résultats, certains proches paraissent convaincus que la victoire du 30 août leur a donné un droit de tirage illimité sur la République.
Voilà le véritable poison. Ce ne sont pas les discours de l’opposition. Ce ne sont pas des critiques sur les réseaux sociaux. Ce ne sont pas les nostalgiques de l’ancien régime.
Le véritable poison est cette impression grandissante que certains proches du pouvoir se comportent comme si la République était devenue une affaire de famille. L’histoire politique est remplie de dirigeants convaincus d’être trahis par leurs ennemis alors qu’ils étaient simplement affaiblis par leurs amis. Les courtisans applaudissent tout.
Les proches justifient tout. Les profiteurs excusent tout. Et progressivement le chef devient prisonnier d’une bulle où plus personne n’ose dire la vérité. C’est ainsi que naissent les chutes politiques. Pas dans la rue. Pas dans les urnes. Mais dans l’aveuglement. Le plus inquiétant n’est pas l’existence de controverses. Le plus inquiétant est l’impression que chaque scandale finit par renvoyer les citoyens vers le même centre de gravité : le premier cercle du pouvoir.
Car lorsqu’un peuple commence à penser que l’entourage d’un président est devenu son principal handicap, la confiance commence à s’effriter. Et lorsqu’un pouvoir perd la confiance, il perd progressivement tout le reste. Le président Oligui Nguema a promis de tourner une page de l’histoire gabonaise.
Mais une question demeure. Comment écrire une nouvelle page lorsque certains, autour de vous, continuent d’utiliser les vieilles méthodes ? L’histoire est implacable. Les chefs d’État ne tombent pas toujours parce qu’ils sont faibles.
Ils tombent souvent parce qu’ils ont trop longtemps protégé ceux qui les affaiblissaient. Et si le président veut éviter ce piège, il devra comprendre une vérité simple : Le danger le plus proche du pouvoir n’est pas toujours celui qui attaque le palais. C’est parfois celui qui y entre sans frapper.



