Sécurité alimentaire au Gabon : l’AGASA serre la vis et bouscule les habitudes de la rue
Dans les ruelles animées du Grand Libreville, le parfum du pain chaud, des beignets dorés et des brochettes grillées fait partie du paysage quotidien. Mais derrière cette convivialité populaire se cache parfois une réalité beaucoup moins appétissante. Ces dernières semaines, les opérations de contrôle menées par l’Agence Gabonaise de Sécurité Alimentaire (AGASA) se multiplient et révèlent un phénomène préoccupant : l’ampleur des pratiques alimentaires à risque dans certains segments du commerce informel.

Depuis l’arrivée du Dr Jean Delors Biyogue Bi Ntougou à la tête de l’agence, le ton a changé. Fini le contrôle symbolique et les inspections de façade. Place à une politique d’intervention plus offensive, presque chirurgicale, qui vise à assainir un secteur longtemps laissé dans une zone grise entre tolérance sociale et négligence sanitaire.
Une croisade sanitaire contre les dérives de l’alimentation de rue
Les dernières inspections menées dans la province de l’Estuaire ont mis au jour des situations qui feraient frémir n’importe quel spécialiste de santé publique : boulangeries clandestines, ateliers de transformation improvisés, cuisines installées à même les trottoirs, sans eau potable ni équipements de protection. Dans ce décor improvisé prospère toute une économie de subsistance : les fameuses « mamans gâteaux », vendeuses de beignets et de pâtisseries artisanales, les brochettiers de rue surnommés les “nikers”, ou encore les petits stands de restauration rapide installés à la sauvette.
Ces acteurs font vivre des milliers de familles. Mais certains, faute de formation ou par simple recherche de profit, recourent à des pratiques alimentaires dangereuses : huiles de friture réutilisées jusqu’à saturation, stockage d’aliments à température ambiante sous le soleil équatorial, manipulation des denrées sans hygiène ni équipements adaptés, absence totale de contrôle sanitaire. Pour un spécialiste de sécurité alimentaire, ces pratiques constituent un cocktail parfait pour les intoxications alimentaires, les infections bactériennes et les maladies digestives.
Une AGASA plus offensive
Sous l’impulsion du Dr Jean Delors Biyogue Bi Ntougou, l’AGASA semble avoir décidé de sortir de sa discrétion administrative pour devenir un véritable gendarme de l’assiette gabonaise.
Multiplication des contrôles inopinés, fermeture d’établissements clandestins, campagnes de sensibilisation et promotion du numéro vert 1411 : l’agence déploie désormais une stratégie qui combine répression et mobilisation citoyenne. Selon plusieurs observateurs du secteur sanitaire, cette nouvelle dynamique marque une rupture avec les années précédentes, où les contrôles étaient jugés trop sporadiques pour véritablement dissuader les contrevenants.
Entre impératif sanitaire et réalité sociale
Mais la croisade de l’AGASA pose aussi une question délicate : comment assainir le secteur sans étouffer l’économie informelle qui nourrit une partie de la population ? Car derrière chaque étal de beignets ou chaque grillade vendue au bord de la route, il y a souvent une mère de famille, un jeune sans emploi ou un migrant rural cherchant simplement à survivre dans la capitale.
Pour les spécialistes de sécurité alimentaire, la solution ne réside pas uniquement dans la répression. Elle passe aussi par : la formation des vendeurs de rue aux règles d’hygiène, la mise en place de micro-agréments sanitaires simplifiés et la création d’espaces de restauration de rue encadrés par les municipalités.
Une bataille pour la santé publique
Une chose est certaine : la sécurité alimentaire n’est plus un sujet secondaire. Dans un pays où la restauration de rue constitue une part importante de l’alimentation urbaine, la moindre défaillance peut avoir des conséquences sanitaires considérables. La mission du Dr Jean Delors Biyogue Bi Ntougou ressemble désormais à un exercice d’équilibriste : protéger la santé publique sans criminaliser la débrouille quotidienne.
Mais une certitude s’impose peu à peu dans les cercles sanitaires : le temps de la complaisance semble révolu. Et dans cette nouvelle ère de vigilance alimentaire, les marmites de la rue pourraient bien être les prochaines à passer sous le microscope de l’AGASA.


