Auguste MOUSSIROU MOUYAMA : l’enfant de la langue s’en est allé rejoindre le verbe éternel
Le monde académique gabonais, et plus largement celui de la francophonie scientifique, est en deuil. Une nouvelle, tombée telle une pluie abrasive sur un sol meuble, a creusé un sillon de stupeur et de chagrin : le Professeur Auguste MOUSSIROU MOUYAMA, éminent intellectuel et infatigable semeur de connaissances, a rendu l’âme, laissant orphelins des milliers d’esprits qu’il avait éclairés. Il a troqué la salle de cours contre les prairies célestes de la connexion ultime, rejoignant ainsi la cohorte des illustres bâtisseurs.
Auguste MOUSSIROU MOUYAMA n’était pas un simple enseignant ; il était un démiurge des mots. Rigoureux jusqu’à l’exigence, il voyait dans la discipline intellectuelle la clé de voûte de toute émancipation. Derrière la stature de ce Directeur Général de l’École Normale Supérieure (ENS) et pilier du département des sciences du langage, se cachait un homme affable, un guide tutélaire dont l’aile protectrice savait se faire ombrage pour couvrir, orienter et suivre ses étudiants. Il n’était pas rare qu’il transformât son érudition en levier d’ascension sociale, offrant parfois une assistance financière discrète aux plus vulnérables, perpétuant ainsi une solidarité agissante, loin des discours convenus. Chaque étudiant qu’il prenait sous son aile n’était pas un numéro sur un registre, mais une promesse, un « exemple » en devenir de cette humanité qu’il plaçait au cœur de sa mission.
C’est cette marque indélébile qu’il a imprimée chez ceux qui ont eu le privilège de croiser sa route. Il avait le don précieux de transmettre le goût, mieux, la nécessité de l’écriture. Sous sa férule, la plume ne devenait plus un simple outil, mais un scalpel pour décrire, dénoncer et panser les maux de la société dans son universalité. Il initiait ses disciples à la « danse des mots », cette chorégraphie subtile où le verbe se fait action et où la pensée prend son envol. En magnifiant sa semence intellectuelle à travers la manipulation des mots, c’est sa propre mémoire que l’on perpétue, transformant l’élégie en un acte de résistance contre l’oubli.
Son héritage ne se limite pas aux seuls murs de l’université. À la tête de l’ENS, le Pr MOUSSIROU MOUYAMA a fait preuve d’une vision prospective rare. Il a tissé des partenariats stratégiques audacieux, nouant des liens avec le Canada, l’Espagne et le Mali. Son ambition ? Offrir à la jeunesse gabonaise le monde comme horizon de formation. En ouvrant les portes des grandes universités et écoles de ces pays à ses étudiants, il ne se contentait pas de délivrer un diplôme ; il forgeait des citoyens du monde, biberonnés à l’excellence et armés pour porter haut les couleurs du Gabon.
Aujourd’hui, alors qu’il rejoint le divin et que ses géniteurs l’accueillent dans la lumière éternelle, une immense responsabilité incombe à ceux qu’il a formés. Celle de ne pas laisser s’éteindre cette flamme de la connaissance de haut vol. Il nous revient, à nous, ses héritiers intellectuels, de transformer notre chagrin en une œuvre de vie. Il nous revient de perpétuer son œuvre littéraire et scientifique, de continuer à enseigner avec la même rigueur, le même amour du savoir et la même humanité.
Cher enseignant, vous avez tiré votre révérence, mais votre verbe, lui, ne se taira pas. Il résonnera dans chaque salle de classe, dans chaque ligne écrite par ceux que vous avez biberonnés à la bonne école de la linguistique. Vous avez rejoint les prairies célestes, mais votre héritage est un jardin que nous continuerons de cultiver. Paix à votre âme, Prince des mots.
Étienne MAKOUNGOU : Un ancien étudiant, témoin reconnaissant de votre lumière.



