Economie

CNSS : La dette sociale devient un délit de fuite préventif

Au Gabon, on ne soigne plus la dette sociale : on enferme les débiteurs dans les frontières. Quand l’État ne sait plus convaincre, il ligote. Quand il ne sait plus gérer, il immobilise. Quand il ne sait plus réformer, il séquestre.

 

Dernière trouvaille bureaucratique : l’interdiction administrative de sortie du territoire pour dettes CNSS. Traduction en langage clair : tu dois, donc tu ne bouges plus. Le passeport devient une caution sociale. L’aéroport, un tribunal expéditif. Et la liberté, une monnaie d’échange.

 

De l’État social à l’État carcéral soft

 

Hier, la CNSS incarnait la solidarité nationale. Aujourd’hui, elle se transforme en police financière frontalière, bras armé d’une administration qui confond désormais recouvrement et prise d’otages légale.

 

Car ne nous trompons pas : cette mesure n’est pas un outil de gestion. C’est un aveu d’échec. L’échec d’un système incapable de maîtriser ses bases de données, de fiabiliser ses contrôles, de moderniser ses procédures, de sécuriser ses recettes. Alors, faute d’intelligence administrative et on brandit la matraque juridique.

 

Quand la dette devient un délit sans procès

 

Dans cette République nouvelle version, une dette comptable suffit désormais à suspendre un droit constitutionnel fondamental.

 

Pas besoin de juge

 

Pas besoin de débat contradictoire. Pas besoin de preuve définitive. Un simple soupçon de dette, parfois contestée, parfois erronée, parfois en négociation… et hop : assignation territoriale immédiate.

 

Le chef d’entreprise devient un suspect permanent, un fugitif en puissance, un danger national présumé. Bienvenue dans la présomption automatique de culpabilité sociale.

 

L’administration se fait juge, geôlier et procureur

 

Trois ministres ont décidé qu’ils pouvaient court-circuiter la justice. Montesquieu est prié de patienter. La Constitution, de se taire. La séparation des pouvoirs, de se recycler. Ce n’est plus l’État de droit, c’est l’État d’arrêté. Un papier, un tampon, une signature… et la liberté s’évapore.

 

Aujourd’hui la CNSS. Demain le fisc. Après-demain les douanes.

Puis les banques publiques. Et bientôt, pourquoi pas, l’interdiction de sortir du quartier pour facture d’eau impayée ?

 

Une politique du désespoir économique

 

Cette mesure est vendue comme une solution miracle. En réalité, c’est une bombe à fragmentation économique.

 

Bloquer les dirigeants, c’est : bloquer les financements, bloquer les contrats, bloquer les partenariats, bloquer l’investissement et bloquer la création de richesses.

 

Autrement dit : on coupe l’oxygène à ceux-là mêmes qui doivent produire la richesse permettant de payer la dette. C’est comme attacher les mains du nageur pour l’empêcher de se noyer.

 

Le message envoyé aux investisseurs : “Entrez, mais ne sortez plus”

 

Pour les investisseurs étrangers, le signal est limpide : Le Gabon est désormais un pays où l’on peut entrer librement… mais dont on ne sort que sous condition financière.

Une sorte de visa de sortie sous caution sociale.

Résultat : hausse du risque pays, fuite des capitaux gel des investissements et effondrement de la confiance

 

Mais visiblement, la terreur administrative est devenue une stratégie économique.

 

Quand l’État préfère la répression à l’intelligence financière

 

Car oui, il existe des solutions modernes, efficaces et constitutionnelles. Mais elles demandent du travail, de la compétence et du courage politique. Des plans d’apurement intelligents et contraignants.

 

Négociés, contrôlés, garantis, avec sanctions financières progressives. Pas des coups de massue. La saisie ciblée des flux financiers

 

Bloquer les comptes professionnels, saisir les créances, contrôler les marchés publics. Toucher la trésorerie, pas la liberté. Le verrouillage administratif sélectif. Et Suspension d’accès aux marchés publics, aux subventions, aux avantages fiscaux.

Efficace. Légal. Redoutable. Une justice sociale accélérée

 

Ordonnances judiciaires rapides, exécutoires sous 15 jours.

Rapide. Propre. Constitutionnel.

Et Une réforme profonde de la CNSS. Numérisation, traçabilité, contrôle automatisé, prévention.

Mais ça, ça demande du travail. Beaucoup plus fatigant que signer un arrêté.

 

L’ État n’a plus de politique sociale, il invente la peur

 

Cette ISTN n’est pas une politique publique. C’est une capitulation intellectuelle. Faute de stratégie économique, on fabrique de la contrainte.

Faute de réforme, on installe la répression.

Faute de gouvernance, on choisit l’intimidation.

 

Mais un pays ne se développe pas en transformant ses entrepreneurs en prisonniers territoriaux.

 

À trop jouer avec les libertés, l’État finit toujours par perdre la confiance, la croissance et la légitimité. Le Gabon mérite mieux qu’une CNSS transformée en police politique de la dette.

 

 

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