Economie

Méga marché de la centrale d’achat : réduire les prix le temps d’ un événement ou le folklore économique

Au stade d’Angonjé, dans la commune d’Akanda, la Centrale d’Achats du Gabon (CEAG) a réussi un tour de magie économique : faire croire, l’espace de quelques heures, que la vie pouvait coûter moins cher. Une illusion collective, parfaitement orchestrée, où le panier de la ménagère a enfin cessé de ressembler à un luxe réservé aux initiés du haut revenu.

Les foules étaient là, compactes, disciplinées, presque reconnaissantes. On aurait dit une distribution de dignité retrouvée. Des prix “abordables”, des produits “accessibles”, une diversité “appréciable” le vocabulaire officiel était prête, bien repassé, comme pour masquer l’évidence : si ces prix sont possibles aujourd’hui, pourquoi sont-ils impossibles demain ? La vraie question n’est pas celle du succès populaire il est indiscutable. La vraie question est plus brutale : s’agit-il de lutter contre la vie chère… ou de la mettre en scène ?

Car enfin, il faut arrêter de prendre les consommateurs pour des figurants d’opérations vitrines. Comme le confie, sous couvert d’anonymat, une fin connaisseuse du système et membre de cette même centrale d’achats : « Réduire les prix pour un événement, c’est du folklore économique. Ce qu’il faut, c’est stabiliser durablement les prix sur tous les produits du quotidien, partout dans le pays. Sinon, on amuse la galerie. » Et pour une fois, le diagnostic est sans anesthésie.

Pendant que les étals d’Angonjé débordaient de bonnes intentions, les boutiques de Libreville, elles, continuaient tranquillement leur sport national : la majoration créative. Ici, les prix gonflent plus vite que les discours officiels. Et sans contrôle sérieux, ils continueront de prospérer, loin des projecteurs et des inaugurations.

Un riverain, venu charger son coffre comme on remplit une réserve de survie, lâche, acerbe : « Aujourd’hui, on nous fait respirer. Demain, on nous replonge sous l’eau. C’est ça, la stratégie ? » Une autre, plus directe encore : « Ce n’est pas une faveur qu’on demande. C’est de pouvoir acheter à manger sans calculer chaque pièce. Tous les jours, pas seulement quand il y a des caméras. »

Le problème est posé, frontal, sans détour : la vie chère n’est pas un événement. C’est une mécanique. Et elle ne se démonte pas avec des marchés itinérants, aussi bien garnis soient-ils, mais avec une régulation permanente, rigoureuse, presque obsessionnelle. Contrôler. Vérifier. Sanctionner. Encore et encore. Dans chaque magasin, chaque facture, chaque marge suspecte. Pas une descente symbolique de temps en temps pour la forme, mais une présence constante qui empêche les prix de reprendre leur liberté dès que le rideau tombe.

Faute de quoi, la CEAG risque de devenir ce que beaucoup redoutent déjà : une tournée nationale de promotions éphémères, un spectacle ambulant où l’on vend l’exception comme si c’était la règle. Et pendant ce temps, le quotidien des Gabonais, lui, reste au tarif plein. Sans remise. Sans illusion. Au fond, la question est simple, presque dérangeante : veut-on vraiment faire baisser les prix… ou simplement donner l’impression de le faire ? Parce qu’à force de jouer avec la réalité, c’est la crédibilité qui finit toujours par passer à la caisse. Et celle-là, contrairement au riz ou à l’huile, ne se négocie pas à bas prix.

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