Société

Bongolo : quand la crise de l’hôpital révèle les fantômes d’une guerre de clans à l’ Église de l’ Alliance Chrétienne et Missionnaire du Gabon (EACMG)

(Par Étienne MAKOUNGOU, Penseur Libre de Lowa)

La crise qui secoue l’hôpital de Bongolo depuis la rentrée de septembre 2026 n’est pas une simple querelle administrative. Elle met à nu les fractures profondes qui traversent l’Église de l’Alliance Chrétienne et Missionnaire du Gabon (EACMG). Au cœur du brasier : l’affectation contestée du révérend Benjamin Kombo, directeur administratif et financier (DAF) de l’établissement, et le blocage de l’installation de son successeur.

Contrairement à la version qui circule dans certains cercles, le pasteur Kombo n’a jamais refusé l’affectation. Il conteste les conditions exogènes de cette décision : une mutation notifiée à peine un an après sa prise de fonction, sans bilan préalable, sans griefs formulés, sans procédure contradictoire. La question que tout le monde se pose est simple : que reproche-t-on réellement à Benjamin Kombo ? Si des irrégularités de gestion existent, qu’on les produise. Si des audits ont été réalisés, qu’on les publie. À défaut, la décision ressemble à un règlement de comptes déguisé en acte administratif.

Une contestation locale, pas familiale

La mobilisation autour de l’hôpital ne vient pas de la famille Kombo, mais d’un collectif de chrétiens et de populations autochtones de la surintendance de la Ngounié, regroupant Lébamba, Mbigou, Malinga et le district de Nzenzéle. Ces communautés rappellent une évidence historique : Bongolo est le berceau de l’EACMG. L’église y a été fondée en 1932 par le missionnaire américain Donald Fairley, sur des terres cédées par le chef coutumier Boudiongo. L’hôpital, né de cette même œuvre missionnaire, incarne depuis près d’un siècle le visage social de l’Église dans le sud du Gabon.

Dès lors, comprendre que les populations locales s’inquiètent de la gouvernance de leur hôpital n’a rien d’un réflexe identitaire. C’est une question légitime de redevabilité.

Les partenaires et le flou institutionnel

Autre point d’achoppement : les partenaires internationaux de l’hôpital. Certains évoquent leur départ. D’autres affirment que les décisions proviennent exclusivement de la direction nationale de l’EACMG. Or, si la direction nationale décide de tout sans clarifier la situation, comment les partenaires peuvent-ils travailler sereinement ? Aujourd’hui, le fonctionnement médical de l’hôpital ne souffre d’aucun nuage. Ce sont les rouages administratifs et financiers qui grincent. Et tant que la lumière n’est pas faite sur les responsabilités, le flou persistera.

Le vrai procès : une guerre de clans sur fond de « mangement »

Derrière le dossier Kombo se joue une bataille plus large. Le synode national, organe souverain de l’EACMG, voit ses décisions contestées par des logiques de chapelle. Le conseil de gouvernance, censé réguler les différends, est court-circuité. Des retraités continuent de tirer les ficelles. Des pasteurs en poste à Libreville refusent des affectations en province, tandis que des églises locales ferment faute de serviteurs.

Benjamin Kombo, en acceptant de servir à Bongolo, a mis « un coup de pied dans la fourmilière ». Il est devenu le caillou dans la chaussure de ceux qui prospèrent dans l’opacité. Sa présence gêne un système où les postes se monnaient, où les affectations servent des intérêts privés, où la « mangeoire » est devenue plus importante que la mission.

Le spectre de l’EEVG : un avertissement historique

Ceux qui tirent les ficelles à l’EACMG devraient se souvenir de ce qui est arrivé à l’Église Évangélique du Gabon (EEVG). Cette dernière, née également dans le sud du pays, a connu des crises similaires : luttes de leadership, repli identitaire, mauvaise gestion des ressources humaines, conflits ethniques. Le résultat ? Une église affaiblie, divisée, dont l’influence spirituelle et sociale s’est étiolée.

L’EACMG n’est pas l’EEVG. Elle est la plus grande dénomination protestante du Gabon, présente dans toutes les provinces. Mais les logiques de clan qui minent sa direction actuelle la rapprochent dangereusement de ce scénario. Les « complotistes » de l’Alliance — ceux qui préfèrent les arrangements secrets aux procédures transparentes — veulent importer à l’EACMG ce qui a fait le malheur de l’EEVG. Ils veulent que Bongolo, berceau de l’Église, devienne le théâtre d’une guerre de succession où les fidèles ne sont que des spectateurs.

Que la direction nationale trouve des solutions

La balle est dans le camp de la direction nationale de l’EACMG. Elle doit clarifier l’affectation du DAF de Bongolo. Elle doit produire les raisons de la mutation de Benjamin Kombo, ou reconnaître qu’il n’y en a pas. Elle doit rassurer les partenaires, les populations de la Ngounié et l’ensemble des fidèles.

L’hôpital de Bongolo n’est pas une propriété privée. C’est un patrimoine spirituel, social et sanitaire. Ce qui s’y joue aujourd’hui n’est pas une affaire de personnes. C’est une question de vérité, de justice et de fidélité à la mission. Que ceux qui ont fait de l’Église leur fonds de commerce entendent cet avertissement : Bongolo n’est pas une mangeoire. C’est un lieu de guérison, de témoignage et de mémoire.

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