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Propagande du Kremlin sur le continent africain : les principaux acteurs de la campagne informationnelle

Armand Rodolphe Djaleu est l’un des acteurs principaux de la propagande informationnelle du Kremlin sur le continent africain. Ce camerounais de 38 ans décline son identité en divers pseudonymes, rédige des articles dans différents médias, qui sont diffusés dans plusieurs pays d’Afrique. Cette dynamique relève d’un réseau orchestré, qui produirait depuis le quartier de Deïdo à Douala, avec pour objectif de propager le narratif du Kremlin.

Un acteur central dans l’ingérence russe

Un discours pro-russe et une adresse mail Yandex[2], le tout associé aux articles publiés sous pseudonymes repris par Sputnik, Réseau international, ou encore Pravda et un large éventail de médias et webmédias orientés, mettent son rôle en évidence. Récemment, il publiait des dépêches accusant la France de manipuler des journalistes centrafricains, tout en omettant de mentionner que ces mêmes journalistes sont en l’occurrence rémunérés par la Russie. Ces différents articles s’inscrivent dans une campagne coordonnée de désinformation, révélant l’ampleur et la systématisation de ces pratiques.

Le plus frappant réside dans la multitude d’articles, d’analyses et de posts sur les réseaux sociaux provenant des mêmes comptes, qui reprennent des éléments de langages, et même parfois mot pour mot le discours du « journaliste » camerounaisUn mode opératoire opaque

Le plus frappant réside dans la multitude d’articles, d’analyses et de posts sur les réseaux sociaux provenant des mêmes comptes, qui reprennent des éléments de langages, et même parfois mot pour mot le discours du « journaliste » camerounais.

Le financement des journalistes par la Russie : un secret de polichinelle

Le terme « journaliste » pour le cas d’Armand Djaleu est ici à utiliser avec prudence entre griffes, car il s’agit plutôt d’un diffuseur payé par la Russie. Au mois de mars 2026, une fuite de documents confidentiels a révélé une vaste opération d’influence russe en Afrique de l’Ouest. Cette campagne de propagande était fondée sur la diffusion de contenus rémunérés dans les médias. Le Kremlin a ainsi appuyé la diffusion de 700 articles dans 35 médias francophones, avec des montants allant jusqu’à 700 dollars par publication, parfois à l’insu des rédactions[1].

Une diffusion artificielle

La simultanéité et la coordination de ces publications trahissent une campagne coordonnée de manière artificielle.  La diffusion simultanée sur une série de comptes sur les réseaux sociaux n’a rien de spontanée, elle est organisée. Dans ce montage, le nom d’Armand Djaleu sert principalement à donner de la crédibilité journalistique. La méthode du Kremlin consiste à financer un journaliste qui écrit ce qu’on lui demande, puis de faire reprendre artificiellement son texte sous plusieurs comptes ou dans plusieurs articles de presse, parfois sous des prête-noms. Cette diffusion est créée de toutes pièces et donne au public l’impression de la vérité par la répétition de l’information. Il est d’ailleurs frappant de noter que Moscou ne se donne pas vraiment la peine d’étayer les accusations qu’elle fait porter à Armand Djaleu. Elle se contente d’incriminer ses adversaires par un pseudo-récit qu’elle fait reprendre sur les plateformes de réseaux sociaux et dans les médias.

La Russie inverse l’accusation pour faire oublier le scandale

Concomitamment avec les accusations de financement de journalistes et de relais de propagande dont elle fait l’objet, la Russie choisit ainsi un de ses hommes de main « vedette » pour allumer un contre-feu : selon la version poussée par la Russie, ce n’est plus Moscou mais Paris qui dispose d’un système occulte de financements de journalistes. La conclusion certaine de toute cette affaire, c’est qu’Armand Djaleu diffuse pour la Russie depuis un bon moment. Ce genre de journalisme n’est pas gratuit, mais financé par l’étranger sur le sol africain.

La méthode Djaleu : une méthode de diffusion éprouvée

En effet, ce n’est pas la première fois qu’Armand Djaleu se situe au centre d’une ingérence informationnelle russe. En juillet 2025, les pays du Sahel ont été frappés par une vague de désinformation concernant l’Ukraine. Pour ce faire, le journaliste camerounais s’est servi d’un large panel de pseudonymes, pour publier dans divers médias du Sahel et d’Afrique de l’ouest sur une période d’un mois.

Les médias présentés ci-dessus sont pilotés par Djaleu, qui publie sous couvert de pseudonymes et donc, diversifie la diffusion du narratif russe pour donner l’illusion que plusieurs journalistes Les valident ce discours. Cela légitime les articles fallacieux. Ces médias sont ensuite dupliqués dans différents pays d’Afrique pour consolider la force de frappe des fausses informations au service de la Russie.

La proximité entre Djaleu et les campagnes russes se révèle dans le contenu publié : des narratifs circulent d’un média à l’autre, souvent sans vérification ni recoupement, renforçant l’efficacité de la désinformation.

En clair : on assiste à une véritable corruption de l’espace informationnel africain par la Russie. Non seulement elle recrute et finance des journalistes africains, mais elle assure la rediffusion du contenu sur les plateformes de réseaux sociaux et dans les médias sous différents pseudonymes, afin de donner au public l’illusion de la masse.

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