Le FMI, ou l’art d’organiser la pauvreté durable : quand le gendarme mondial veille à l’éternelle dépendance africaine
Ils arrivent toujours avec des sourires feutrés, des graphiques multicolores, des mots savants et des promesses calibrées. Mais derrière les discours policés du Fonds monétaire international, se cache une mécanique bien huilée : maintenir l’Afrique sous perfusion financière permanente, tout en s’assurant qu’elle ne guérisse jamais complètement.
À Libreville, la mission technique du FMI ressemble à s’y méprendre à toutes celles qui l’ont précédée sur le continent : un rituel diplomatique soigneusement chorégraphié, où l’on parle d’« ajustements », de « soutenabilité », de « réformes structurelles », sans jamais poser la seule vraie question : pourquoi, après plus de cinquante ans d’interventions, l’Afrique reste-t-elle la région la plus pauvre du monde sous supervision FMI ?
Le FMI : médecin officiel d’une maladie qu’il entretient
Le FMI se présente comme le médecin de l’économie mondiale, mais en Afrique, il agit davantage comme un pharmacien qui vend à vie le même traitement sans jamais guérir le patient. Chaque mission apporte son lot de prescriptions : réduction des dépenses publiques, compression salariale, suppression des subventions, privatisations massives, hausse de la fiscalité populaire. Résultat ? Des populations étranglées, des États exsangues, et une croissance… sous perfusion. Le diagnostic est toujours identique : Vous vivez au-dessus de vos moyens.
La thérapie aussi : Serrez-vous la ceinture, encore, toujours, et plus fort. Mais la ceinture africaine n’a plus de trous depuis longtemps.
Dette éternelle : la rente invisible du FMI
Le véritable fonds de commerce du FMI en Afrique, ce n’est pas le développement. C’est la dette.
Un pays africain qui sort de l’endettement est un client perdu. Alors on restructure, on refinance, on rééchelonne, on refinance encore. La dette devient un cycle sans fin, une rente financière perpétuelle où le remboursement alimente de nouveaux prêts, qui engendrent de nouveaux remboursements. C’est le perpétuel mouvement de la dépendance organisée.
Pendant ce temps, l’industrialisation est freinée, l’investissement productif est sacrifié, et les politiques sociales sont méthodiquement démantelées au nom de la « rigueur ».
La peur panique d’une Afrique prospère
Car il faut oser le dire : le FMI n’a aucun intérêt à voir l’Afrique émerger réellement. Une Afrique industrialisée, souveraine financièrement, technologiquement compétitive et économiquement indépendante deviendrait un acteur mondial majeur, susceptible de rebattre les cartes de l’équilibre géoéconomique. Or le FMI est né pour protéger l’ordre économique mondial existant, pas pour le bouleverser.
Autrement dit : L’Afrique doit rester solvable, mais jamais prospère. Stable, mais jamais souveraine. Assistée, mais jamais indépendante.
Ajustement structurel : euphémisme pour austérité sociale
Derrière le langage technocratique du FMI se cache une réalité brutale : l’austérité permanente imposée aux peuples africains. Les fameux « ajustements structurels » ont détruit : des systèmes éducatifs, des systèmes de santé, des services publics essentiels et des industries locales naissantes.
Tout cela pour satisfaire des tableaux Excel à Washington.
Pendant que l’Afrique coupe dans ses budgets sociaux, les multinationales rapatrient tranquillement leurs profits, souvent sans être inquiétées. Une contradiction que le FMI observe avec un silence monastique.
Le FMI, gendarme mondial de la pauvreté africaine
À force d’intervenir partout, tout le temps, sans jamais produire de miracle durable, le FMI est devenu le gendarme planétaire de la pauvreté africaine.
Il surveille : les budgets, les recrutements publics, les politiques salariales et les investissements sociaux, mais ne surveille jamais la fuite des capitaux, l’évasion fiscale, la corruption internationale, ni le pillage systémique des ressources. Curieux sens des priorités.
Gabon : la même partition, encore et toujours
Au Gabon, comme ailleurs, la mission dite « technique » annonce déjà la couleur : évaluer, diagnostiquer, recommander, encadrer, conditionner. Et demain ? Négocier un nouveau cadre de dépendance financière, emballé dans le papier cadeau de la coopération.
Mais la vraie question demeure. Combien de missions du FMI faudra-t-il encore avant que l’Afrique se développe vraiment ? Ou faut-il comprendre que ce n’est précisément pas l’objectif ?
La libération économique ne viendra pas de Washington
Aucune nation ne s’est développée sous tutelle financière étrangère. Ni l’Europe, ni l’Asie, ni l’Amérique. Pourquoi l’Afrique serait-elle l’exception ? Le FMI continuera de se présenter comme le sauveur. Mais tant que ses recettes maintiendront l’Afrique dans une économie de survie, il restera ce qu’il est devenu aux yeux de millions d’Africains : Le gardien zélé de leur précarité organisée.



