Brice Laccruche Alihanga : chronique d’une disparition politique programmée

Il fut l’homme le plus puissant de l’ombre présidentielle. Il est désormais l’ombre de lui-même. Brice Laccruche Alihanga, ancien Directeur de Cabinet tout-puissant, ex-détenu emblématique, stratège autoproclamé, s’est volatilisé du paysage politique gabonais avec une discrétion digne d’un agent infiltré raté. Plus de discours. Plus de meetings. Plus de coups d’éclat. À peine quelques apparitions spectrales à Moanda, comme pour rappeler qu’il respire encore politiquement. Puis, plus rien.
Le silence des ambitieux déchus
Dans les salons feutrés de Libreville, une question claque comme une gifle : Brice Laccruche Alihanga a-t-il été brutalement désillusionné par le traitement qui lui a été réservé dans son propre camp politique, l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB) ? Un ancien compagnon de route balance, sans anesthésie : « Il se voyait en architecte du nouveau système. Il s’est retrouvé simple manœuvre. À ce niveau-là, c’est une humiliation politique. »
Car dans la jungle gabonaise du pouvoir, la chute ne se mesure pas à la perte du poste, mais à la perte de l’influence. Et celle-ci, Brice Laccruche Alihanga semble l’avoir vue fondre comme neige équatoriale sous le soleil brûlant de la transition.
L’UDB : un navire sans capitaine, un capitaine sans boussole
L’Union Démocratique des Bâtisseurs devait être la rampe de relance. Elle est devenue le théâtre d’un flottement stratégique abyssal. Absence de ligne claire, cacophonie interne, luttes de positionnement : l’UDB ressemble moins à un parti qu’à un chantier politique abandonné en plein bétonnage.
Un cadre du mouvement confie, amer : « On a un parti sans souffle, sans incarnation, sans vision. Et surtout sans chef assumé. Brice devait être ce chef. Il s’est évaporé. » Un autre ajoute, plus cruel : « On ne bâtit rien quand l’architecte fuit le chantier. »
De cerveau du régime à figurant de la transition
Hier, il décidait. Aujourd’hui, il observe. Hier, il contrôlait les leviers. Aujourd’hui, il subit les mécanismes. La politique gabonaise est une machine cruelle : elle recycle vite, mais elle élimine encore plus vite.
Un ancien ministre lâche, sans détour : « Brice a cru que le nouveau régime aurait besoin de lui comme l’ancien. Erreur stratégique majeure. Les nouveaux maîtres n’aiment ni les ombres trop longues, ni les ambitions trop visibles. » Traduction brutale : il dérangeait plus qu’il ne rassurait.
Exil, thérapie politique ou fuite organisée?
Selon plusieurs sources convergentes, Brice Laccruche Alihanga séjournerait régulièrement en France. Version officielle : repos. Version officieuse : retrait tactique, protection politique et recyclage stratégique. Un observateur raille : « Quand un politique gabonais disparaît à Paris, ce n’est jamais pour acheter des croissants. »
À défaut de pouvoir peser sur le jeu intérieur, l’ancien stratège tenterait-il de négocier son retour par les coulisses internationales ?
Le syndrome gabonais du déclassement brutal
Brice Laccruche Alihanga paie peut-être le prix d’un péché capital en politique : avoir trop concentré le pouvoir, trop longtemps, trop visiblement. Dans l’histoire gabonaise, les hommes qui ont trop incarné l’autorité finissent souvent par être effacés pour permettre au système de respirer.
Un politologue résume froidement : « On l’a sorti du jeu sans bruit, sans procès politique, sans affrontement. Juste par asphyxie stratégique. »
Quand le silence devient un aveu d’impuissance
À ce stade, la question n’est plus de savoir où est Brice Laccruche Alihanga, mais ce qu’il reste politiquement de lui. Car en politique, le silence prolongé n’est jamais neutre : il est souvent l’aveu d’une perte de contrôle. Ses partisans s’impatientent. Ses anciens alliés l’oublient. Ses adversaires jubilent.
Le temps des bâtisseurs sans briques
L’UDB devait bâtir l’avenir. Elle semble aujourd’hui construire le néant. Sans ligne, sans chef, sans souffle. Et surtout sans celui qui devait en être le moteur. Dernière pique d’un ancien proche : « Brice voulait revenir par la grande porte. Il se retrouve à chercher la sortie de secours. »
Épilogue provisoire : la chute lente des orgueils politiques
Brice Laccruche Alihanga apprendra peut-être, à ses dépens, cette règle brutale du pouvoir gabonais : On ne survit politiquement qu’en restant indispensable. Le jour où l’on devient encombrant, on disparaît. Et parfois, on disparaît si longtemps qu’on finit par ne plus revenir du tout.



